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Brésil. Il y a 100 ans naissait Paulo Freire: la conscientisation et l’acte de lire

Do Alencontre21 setembro 2021 
Por Francisco Alberto


«Le principal défaut, jusqu’ici, du matérialisme de tous les philosophes – y compris celui de Feuerbach – est que l’objet, la réalité, le monde sensible n’y sont saisis que sous la forme d’objet ou d’intuition, mais non en tant qu’activité humaine concrète, en tant que pratique, de façon non subjective…»
(K. Marx, Thèses sur Feuerbach)

Le centenaire de Paulo Freire (19 septembre 1921-2 mai 1997), le dimanche 19 septembre, nous incite à sauver l’héritage de sa position d’éducateur et son importance pour tous les travailleurs et travailleuses de l’éducation et les chercheurs sur ce thème. Une catégorie importante de sa pensée est celle de la conscientisation et de son expression pratique dans l’acte de lire.

La proposition libératrice de Paulo Freire se fonde sur l’éveil de la conscience des sujets, en les amenant à se comprendre comme des êtres actifs, critiques et réfléchis, ce qui présuppose une relation dialogique [en forme de dialogue] éducateur et apprenant. Cette relation dialogique implique de reconnaître la relation entre l’objectivité et la subjectivité, sans les traiter séparément. Selon Freire (Freire P. Considerações sobre o ato de ler. Publié dans Ação Cultural para a Liberdade. Rio de Janeiro, Paz e Terra, 1981. p. 51):

«L’objectivité dichotomisée de la subjectivité, la négation de celle-ci dans l’analyse de la réalité ou dans l’action sur celle-ci, c’est l’objectivisme. De même, la négation de l’objectivité, dans l’analyse comme dans l’action, conduisant à un subjectivisme qui aboutit à des positions solipsistes, nie l’action elle-même, en niant la réalité objective, puisque celle-ci devient une création de la conscience. Ni objectivisme, ni subjectivisme, ni psychologisme, mais subjectivité et objectivité dans une relation dialectique permanente.»

La pédagogie freirienne, en tant que pédagogie libératrice, vise à surmonter la contradiction entre oppresseurs et opprimés. La pratique pédagogique libératrice conduirait à un processus de conscientisation à caractère désaliénant et émancipateur des opprimé·e·s, émancipant ainsi l’humanité entière. Surmontant la «peur de la liberté» dont parle l’auteur (Freire, p. 31), et surmontant l’immersion de l’opprimé dans la vision du monde de l’oppresseur (p. 44), l’émancipation de l’opprimé viendrait de sa conception en tant que sujet actif, critique et réfléchi. Une éducation libératrice serait radicalement opposée à l’éducation «bancaire» [le terme bancária est utilisé par Freire pour définir une relation entre professeur et élève dans laquelle le professeur voit l’étudiant comme une banque dans laquelle il dépose la connaissance] et également dépourvue de paternalisme. L’émancipation et la conscientisation sont présentes dans la relation éducateur-apprenant.
Paulo Freire et l’acte de lecture

Paulo Freire, dans son texte «Considérations sur l’acte de lire», aborde le thème de la lecture d’une manière particulière en problématisant des éléments tels que la manière de lire et la relation avec l’objet de recherche. Il est important de noter que Freire discute de l’acte de lecture en prenant en compte le lecteur comme sujet du processus de connaissance du texte à lire. Mais qu’entend-on par «lecteur comme sujet»? Je soulignerai ici quelques points essentiels de la lecture, selon l’auteur, qui sont liés les uns aux autres.
Freire comprend le lecteur comme un sujet dans le processus d’appréhension du texte lu. Etre un sujet ne présuppose pas nécessairement la quantité de livres et de pages que l’on lit, mais la forme et le chemin à suivre dans la lecture. C’est pourquoi Freire affirme qu’«il ne sert à rien de tourner la page d’un livre si sa compréhension n’a pas été atteinte» (Freire, 1981, p. 4). Non seulement le lecteur s’affirme comme tel, mais il possède aussi une autre caractéristique: l’humilité. L’acte de reconnaître leurs limites et en même temps la recherche d’une connaissance sûre, à partir du contact avec le texte lu.

L’acte de lecture, selon Paulo Freire, exprime la différence que l’auteur établit entre la compréhension du contenu et la mémorisation (Freire, 1981). Dans ce texte, comme dans toute l’œuvre de Freire, on retrouve la critique bien connue de l’éducation «bancaire». L’éducation bancaire considère l’étudiant comme un dépôt de contenus acquis par mémorisation, ce qui est typique du modèle d’éducation du point de vue du capital, un concept qui s’oppose radicalement à une éducation libératrice qui prend l’étudiant/lecteur comme sujet du processus d’apprentissage.

L’acte de lecture exige de reconnaître la relation sujet-objet présente dans tout acte de connaissance dans l’histoire et aussi que cette relation est dialectique; une relation de transformation permanente de celui qui lit et d’appropriation critique du texte à lire. Par conséquent, l’acte de lecture ne peut s’apparenter à une exégèse du texte lui-même. Au contraire, il implique dans la lecture actuelle de partir du contact avec l’auteur qui est lu, et cela de la part du chercheur. Autrement dit, il ne s’agit pas de faire de la science en reproduisant ipsis literis [mot pour mot] ce que de nombreux auteurs ont déjà avancé. La lecture d’auteurs classiques ou contemporains dans toute recherche, qu’elle soit pédagogique ou non, est un guide théorique et méthodologique qui apporte des éléments qui seront fondamentaux dans un projet de recherche ou d’analyse critique de ce qui est lu. Il s’agit d’une condition fondamentale pour la production de connaissances.

Conclusion


Il existe d’innombrables obstacles à une éducation en tant que praxis libératrice, dans la perspective de Freire, dans un modèle sociétal régi par le capital. Encore plus dans un pays de la périphérie capitaliste et dans une formation socio-historique fondée sur la glorification des relations d’oppression racistes, esclavagistes, patriarcales et bourgeoises, comme c’est le cas du Brésil. Cela ne nous empêche pas de sauver son héritage. Ne sauvons pas Freire comme une «théorie» de plus déconnectée de sa pratique (Freire défend exactement le contraire), ou comme un «modèle» impossible dont on ne se souvient que de manière protocolaire, mais faisons que son héritage perdure comme une synthèse entre théorie et pratique éducative.

L’éducation en tant que praxis libératrice présuppose que l’éducateur lui-même soit également éduqué, comme l’affirme Marx dans les Thèses sur Feuerbach, et plus tard Freire lui-même dans sa conception de l’éducation. Et que tous les éducateurs, y compris l’auteur de ce bref texte, soient également éduqués de manière constante et collective, dans une action dialogique permanente. (Article publié sur le site d’Esquerda Online le 19 septembre 2021; traduction rédaction A l’Encontre)

Francisco Alberto, professeur en master d’éducation à l’Université fédérale d’Alagoas (UFAL).

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