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Réduire les émissions de carbone du Pentagone

Do A L´Encontre, 21 de Agosto 2021 
Por Marcy Winograd


Les jours de forte chaleur de l’été tombent sur nous. Les températures records qui ont tué des centaines de personnes dans le nord-ouest du Pacifique et qui ont atteint les 48 degrés en Sibérie sont le signe avant-coureur de jours encore plus chauds et plus dangereux si nous ne nous attaquons pas à l’éléphant dans la pièce…

Le Pentagone.

En tant que plus grand consommateur institutionnel de pétrole et, par conséquent, plus grand émetteur étatsunien de gaz à effet de serre (GES), le Pentagone doit réduire son empreinte carbone – guerres, production d’armes – ainsi que son empreinte physique – des dizaines de milliers de soldats déployés dans le monde, 800 bases militaires à l’étranger et une en construction à Okinawa.

Pour éviter le pire de la crise climatique, le président Biden, le Congrès et la population pourraient récuser une politique étrangère interventionniste alimentée par la volonté de dominer l’air, la terre, la mer et l’espace. Sinon, nous nous préparons à une élévation constante du niveau des mers, à des conditions météorologiques extrêmes, à la sécheresse, à la famine, autant de phénomènes qui, selon la Banque mondiale, pourraient provoquer, d’ici à 2050, une «vague» de 143 millions de réfugié·e·s climatiques.

Selon le projet Cost of War de l’Université Brown, les émissions de gaz à effet de serre du Pentagone dépassent celles de nombreux pays industrialisés, comme le Danemark, la Suède et le Portugal. La «guerre contre le terrorisme», à elle seule, a produit 1267 millions de tonnes de gaz à effet de serre, soit l’équivalent en carbone d’une montagne de charbon de 5,6 millions de kilogrammes.

Selon le National Priorities Project, un B-52 Stratofortress, le bombardier à longue portée de Boeing, consomme autant de carburant en une heure que l’automobiliste moyen en sept ans.

Le budget militaire record de 753 milliards de dollars proposé par le président Biden pour l’exercice 2022 comprend 12 milliards de dollars pour 85 avions d’attaque interarmées F-35, conçus pour transporter des armes conventionnelles et nucléaires. Avec un prix de 100 millions de dollars par avion, ce système d’armes est un cauchemar pour les écologistes. En effet, il émet des tonnes de composés polluants qui réchauffent la terre: du monoxyde de carbone à l’oxyde nitreux en passant par le dioxyde de soufre, des composés chimiques qui agissent comme des enveloppes emprisonnant la chaleur.

De plus, le F-35 a été victime de problèmes de maintenance et de problèmes de logiciels, ce qui soulève des préoccupations environnementales supplémentaires. «S’il s’écrase, ses 4600 kilogrammes de matériaux combustibles brûleront dans le brasier créé par les 10 220 litres de kérosène», selon l’organisation Safe Skies Clean Water Wisconsin. Elle a intenté des procès accusant le gouvernement fédéral de ne pas avoir mené des évaluations environnementales adéquates.

Pendant ce temps, le Comité des forces armées du Sénat – dirigé par son président, Jack Reed (démocrate de Rhode Island) avec son principal membre, Jim Inhofe (républicain d’Oklahoma) – estime que le budget militaire de Biden est trop limité. Il a voté pour une augmentation, à court terme, de 25 milliards de dollars.

Les défenseurs des budgets militaires records de près de mille milliards de dollars rétorquent que nous devons nous protéger des ennemis du monde entier. Ironiquement, l’ennemi que nous connaissons, le réchauffement climatique, constitue pourtant la menace existentielle la plus urgente: les feux de forêt, les inondations soudaines, la vague de chaleur.

Peu importe, disent-ils. Les bases militaires alimentées par l’énergie solaire, les Humvees (transport de troupes) électriques et les navires de guerre à propulsion nucléaire résoudront le problème des émissions de carbone du Pentagone!
Ce n’est pourtant pas le cas

L’impact environnemental de la fabrication de nouveaux systèmes d’armement, de l’expédition de ces armes vers d’autres continents, du bombardement d’infrastructures au Moyen-Orient et de l’envoi de milliers de soldats en Asie-Pacifique a un prix inimaginable pour le climat.

Oui, les défenseurs du climat doivent tirer la sonnette d’alarme avant que le Congrès ne légifère sur l’augmentation des déploiements de troupes en mer de Chine méridionale et que le département de la Défense n’étende son initiative de dissuasion dans le Pacifique pour établir un réseau de missiles de frappe de précision autour de la Chine. Provoquer une confrontation militaire avec la Chine mettrait non seulement la vie de millions de personnes en danger, mais saboterait également les efforts passés de collaboration sur le climat tout en libérant un déchaînement de GES à chaque lancement de missile.

Une façon d’éduquer les citoyens sur le coût du militarisme des Etats-Unis serait de soutenir les Vétérans pour la Paix dans leur campagne visant à obliger le Pentagone à surveiller les émissions de carbone de l’armée. Il faut pour cela fixer des objectifs de réduction des GES et diffuser les résultats détaillés des émissions – des bases à l’étranger, de la production de nouvelles armes, des déploiements de troupes – avec le Congrès, la Maison Blanche et la presse. Idéalement, ces rapports seraient rendus publics avant que le Congrès ne vote et que le président ne signe les budgets du département de la Défense et de l’Energie qui supervisent l’accélération de la production de plutonium radioactif pour les nouvelles armes nucléaires.

Malheureusement, mais sans surprise, les Etats-Unis ont insisté à plusieurs reprises pour exclure les exigences de réduction des émissions de carbone militaires des accords internationaux sur le climat, notamment lors du protocole de Kyoto et de l’Accord de Paris.
Une campagne à l’occasion de Glasgow

Cependant, nous avons maintenant la possibilité de choisir une autre voie. Si le président Biden et le Congrès reconnaissaient le rôle que jouent les émissions du Pentagone dans le réchauffement de la planète, les 197 pays participant à la Conférence des Nations unies sur le changement climatique, qui se tiendra du 1er au 12 novembre à Glasgow, en Ecosse, pourraient forger un nouvel accord sur le climat dans lequel les participants accepteraient également de surveiller et de réduire les GES militaires.

La Coalition COP26 – qui comprend des militants de CODEPINK et de 350.org – prévoit de manifester dans les rues à l’extérieur de la conférence et de soutenir des manifestations simultanées aux Etats-Unis. CODEPINK a développé une page web «Désarmer pour notre planète et la paix» (https://www.codepink.org/cop26) pour organiser des actions de solidarité aux Etats-Unis et à l’étranger et exiger des participants à la COP26 qu’ils acceptent de réduire les émissions militaires de gaz à effet de serre.

Faire en sorte que les pays participant à la conférence de Glasgow s’engagent à réduire les émissions de gaz à effet de serre de leurs armées, il y a là un excellent moyen pour les activistes d’exiger la justice climatique pour les communautés marginalisées, de s’attaquer à l’impact climatique disproportionné du militarisme sur les populations indigènes et les communautés de couleur situées près des bases militaires des Etats-Unis ou celles fuyant une catastrophe climatique.

Le président Biden peut commencer par un décret exigeant que le Pentagone rende publics ses efforts pour réduire les émissions liées au réchauffement de la planète, pour atteindre des objectifs spécifiques et alléger notre lourde empreinte carbone en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie-Pacifique. Le Congrès peut commencer par adopter une loi obligeant l’armée à rendre compte de ses émissions et à les réduire en fermant des bases et en éliminant les systèmes d’armes inutiles.

En définitive, nous devons réduire notre budget militaire pour faire face à la crise climatique. (Article publié sur le site de CODEPINK, en août 2021; traduction rédaction d’Alencontre)

Marcy Winograd est coordinatrice de CODEPINK Congress, membre du projet «Militarisme et crise climatique» de Veterans for Peace et co-présidente du groupe «End Wars and Occupations» de Progressive Democrats of America.

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