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Brésil. «Trois raisons de construire la manifestation du 19 juin»

Do Alencontre, 11 junho 2021 
Por Editorial d’Esquerda Online



Après le succès des manifestations du 29 mai, la campagne «Fora Bolsonaro» promet de retourner dans les rues du pays le samedi 19 juin. L’objectif est d’organiser des manifestations encore plus importantes, montrant – à nouveau et avec plus de force – l’indignation de la majorité des gens dans la rue. Les manifestations se dérouleront avec les précautions sanitaires, l’utilisation de masque FFP2 (ou N95) et de gel hydroalcoolique étant préconisée.
1 – Les élections de 2022 sont encore loin, on ne pas attendre jusque-là

Avec l’intensification de la perte d’audience de Bolsonaro dans la population, beaucoup de gens espèrent que le capitaine perdra les élections l’année prochaine. Les sondages électoraux, par exemple, montrent que Lula devance Bolsonaro. Mais il faut une mise en garde: les élections sont encore loin, soit dans plus d’un an. D’ici là, Bolsonaro peut regagner en popularité ou mettre en place des mesures anti-démocratiques. Il n’a pas encore été vaincu, bien qu’il soit plus faible. Rien ne nous assure donc que le gouvernement d’extrême-droite arrivera sans aucune chance de victoire à l’élection présidentielle. C’est peut-être le cas, peut-être pas. Allons-nous courir ce danger?

La défense de la vie [face au covid], de la nourriture dans l’assiette, du vaccin dans le bras et des emplois pour assurer un revenu passe par le renversement de Bolsonaro, le plus rapidement possible. Et ce n’est qu’avec la force des travailleurs et travailleuses ainsi que des jeunes dans la rue que nous pourrons atteindre cet objectif. Parce que sans pression populaire, la Commission d’enquête parlementaire du Sénat sur la gestion de la pandémie de covid (CPI) se terminera sans conséquences majeures pour les responsables du «génocide» [déjà plus de 480 000 décès du Covid-19, suite à une gestion catastrophique]. Sans pression populaire, le Congrès, dominé par le «grand centre» [ensemble de partis vivant de leurs liens matériels avec les institutions], ne sortira pas du tiroir une procédure d’impeachment. Avec des centaines de milliers de personnes dans les rues, nous pouvons ouvrir la voie pour mettre fin au gouvernement de Bolsonaro. C’est pourquoi la mobilisation du 19 juin est si importante.

2 – Bolsonaro, s’il en a la force, tentera un coup d’Etat. On ne peut pas prendre ce risque

Le capitaine fasciste n’a jamais caché son objectif stratégique: imposer une dictature d’extrême droite dans le pays. Aujourd’hui, il n’a pas la force de le faire, mais s’il vient à l’avoir, il n’hésitera pas. Bolsonaro, avec beaucoup d’anticipation, dénonce déjà, de manière mensongère, une supposée fraude aux élections de 2022. Dans le même temps, il cherche à utiliser les forces armées, comme l’a montré l’affaire Pazuello [général de division, ex-ministre de la Santé de mai 2020 à mars 2021, qui a désinformé sur la pandémie et a continué de le faire après la fin de son mandat dans une sorte de «cabinet parallèle»], et la police pour mettre en œuvre son projet autoritaire. Il continuera certainement à mobiliser sa base de partisans bolsonaristes à des fins de coup d’Etat. Ainsi, nous ne pouvons en aucun cas nourrir l’illusion que Bolsonaro respectera les règles du jeu démocratique.

La manière la plus efficace de mettre en échec toute possibilité de coup d’Etat – comme le montre toute l’histoire de la lutte des classes – consiste à mobiliser et organiser les masses de travailleurs et travailleuses et de jeunes. De cette façon, nous pouvons accroître l’usure et l’isolement social du gouvernement au sein de la société. En modifiant de manière significative le rapport de forces dans les rues, les chances de succès de toute aventure «golpiste» de Bolsonaro, maintenant ou dans la période électorale, s’éloigneront et deviendront presque impossibles. La construction d’un 19 juin massif est donc un élément fondamental de la lutte pour désarmer tout danger de coup d’Etat.

3 – L’histoire enseigne que le fascisme peut être vaincu dans la rue


Nous considérons comme importante la mise sur pied d’une alternative unifiée de la gauche lors des élections, une alternative réunissant tous les partis (PSOL, PT, PCdoB, PCB, UP et PSTU) et les mouvements de la classe ouvrière et des opprimé·e·s. Battre l’extrême droite et la droite dans les urnes en 2022 est une tâche d’une grande pertinence. Cependant, nous affirmons que le néofascisme ne peut être vaincu, pour de bon, que dans la rue. Bolsonaro peut perdre les prochaines élections et continuer à maintenir une influence politique et une capacité de mobilisation exceptionnelles dans la rue. Sûrement, s’il en a la force, il essaiera de contester une éventuelle défaite électorale par une mobilisation «golpiste» d’extrême droite.

Il est donc essentiel d’écraser le fascisme par la force de la mobilisation de masse. Les victoires les plus durables et les plus profondes contre l’extrême droite et la classe dirigeante ont toujours été le résultat de la lutte directe de millions de personnes. Il y a plusieurs décennies, les dictatures d’Amérique latine sont tombées grâce à la force de la mobilisation des masses. Plus récemment, la défaite de Trump aux élections, l’enterrement de la Constitution de Pinochet au Chili et la défaite du coup d’Etat en Bolivie n’ont été possibles que parce qu’il y avait une lutte de masse dans ces pays.

Même pour battre Bolsonaro dans les urnes l’année prochaine avec une marge plus grande et une certitude, il est nécessaire d’organiser, dès maintenant, de grandes manifestations, démontrant que le bolsonarisme est également minoritaire dans la rue. Et pour atteindre cet objectif, il est essentiel de maintenir et de développer la large unité de la gauche, des mouvements sociaux et des syndicats.

Avec un puissant Front de gauche dans les rues et lors des élections, il est possible de renverser Bolsonaro et d’ouvrir la voie à un gouvernement du peuple travailleur et opprimé, qui apporte les changements structurels dont le pays a besoin, en commençant par inverser l’héritage du coup d’Etat parlementaire de 2016 [qui a abouti à écarter Dilma Rousseff]. (Editorial publié le 10 juin 2021 sur le site Esquerda Online, site lié au courant Resistencia du PSOL; traduction rédaction A l’Encontre)

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