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Brésil. «Malgré la pandémie, il est temps de descendre dans la rue et d’en finir avec Bolsonaro»

Do Alencontre Brasil, 24 janvier 2021 
Por Editorial de Correio da Cidadania



Il est très difficile d’établir un paramètre concernant le moment où le président Jair Bolsonaro a «franchi la ligne rouge». Pour la simple raison que ce parlementaire corrompu avec son profil idéologique manifestement nazi-fasciste fonctionnait, depuis des décennies, en dehors des limites tolérables.

Qu’un sujet de sa lignée soit devenu l’autorité majeure (président) dans le Brésil «post-corruption», après quatre années de domination de la droite dans les rues et les parlements, est une démonstration de l’âme, du caractère et des pratiques de toute l’élite brésilienne qui, après tout, n’a pas réussi à se forger un meilleur leadership que celui-là. Par conséquent, attribuer tout le mal à un seul sujet revient à valider une pratique, quasi quotidienne, de chirurgie plastique dans une clinique clandestine, dans le but de légitimer un système qui est pourri de toutes parts.

Ceux qui épargnent Ricardo Salles [ministre de l’Environnement], Tereza Cristina [ministre de l’Agriculture], Paulo Guedes [ministre de l’Economie], Milton Ribeiro [ministre de l’Education] – quelqu’un se souvient-il encore qu’il existe un ministère de l’Education? –, Damares Alves [ministre des Droits de l’homme et des femmes] et toute la clique militaire ne méritent pas d’être exemptés de l’horreur qui nous frappe à chaque seconde. Le bolsonarisme, si l’on peut appeler cela ainsi, n’est pas le mouvement d’un seul homme et nous devons aussi prêter attention à ses bénéficiaires.

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De plus, nous devons nous en tenir à la réalité concrète et arrêter avec la dérision. L’épisode du manque d’oxygène à Manaus et les décès par asphyxie dans une ville qui ignorait aussi peu les restrictions sanitaires et, semble-t-il, développe même une nouvelle souche du coronavirus, doivent être pris comme une catastrophe.

Le spectacle de la transmission de la décision concernant l’approbation du CoronaVac [le vaccin développé par le laboratoire chinois Sinovac] par une Anvisa (Agence nationale de vigilance sanitaire) qui, par ailleurs, permet la diffusion d’agrotoxiques comme s’il s’agissait de verres d’eau; suivi – juste le jour où la première injection de vaccin a été faite à São Paulo – d’une transmission télévisuelle [en fin décembre 2020] dans laquelle le président, avec son langage d’escroc pervers, a insulté grossièrement João Doria [gouverneur de São Paulo, qui avait soutenu Bolsonaro lors de l’élection avant de rompre avec lui], tout cela ne constituait qu’une nouvelle agression contre l’intelligence collective.

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Comme nous l’avons dit, il y a longtemps que les limites ont été franchies. Arrêter la machine de mort est plus qu’une question d’honneur, c’est une question de survie pour l’ensemble de la société, quel que soit le spectre idéologique.

Le 20 mars 2020, l’économiste et démographe José Eustáquio Diniz Alves a déclaré au Correio: «Le seuil des 100’000 cas doit être atteint le 31 mars, et le seuil significatif d’un million de cas peut être dépassé avant le 30 juin, avec environ 40’000 décès. Nous avons terminé le premier semestre 2020 avec 59’000 décès et l’année avec plus de 200’000 décès [216’450, le 23 janvier 2021 – source: John Hopkins], soit un nombre bien plus élevé que prévu dans le pire des cas.

Et qu’en est-il du SUS [Système unique de santé]? Même en évitant une tragédie encore plus grande grâce à l’engagement de son personnel, il n’a reçu aucune aide officielle qui aurait compensé la casse déjà effectuée.

Car comme l’a écrit notre chroniqueur et sociologue Marcelo Castañeda, «il est difficile de maintenir une certaine sérénité dans la situation où l’on prend conscience de faire partie d’une expérience de politique de la mort».

Même si cela peut sembler être une dystopie cinématographique, nous vivons en réalité une expérience politico-administrative d’élimination massive d’être humains. Les corps non rentables et «inemployables» – oui, Bolsonaro a retrouvé, ces jours-ci, la pensée implacable de Fernando Henrique Cardoso – peuvent et doivent être éliminés. «C’est bon pour l’économie» des sociopathes comme Paulo Guedes et son déni total de la vie en société, au profit de la transformation de tout et de tous en simples actifs financiers.

La tragédie est structurelle. Il n’est pas possible de calculer combien de temps il nous faudra pour nous rétablir en tant que corps social. Mais nous le répétons: nous ne pouvons plus vivre avec le personnage de Jair Bolsonaro, avec ses mensonges, ses déformations, ses positions équivoques sur presque tous les sujets, sa désinformation délibérée. Plus vite la société se débarrassera de lui, plus elle a de chances de se réhabiliter avec une certaine facilité.

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Son plan de vaccination, en plus d’être criminel, est un véritable plan électoral. Outre le désir de mort qui envahit son cerveau immonde [il ne cesse de répéter, avec force, qu’il ne se fera pas vacciner et disqualifie le vaccin], il calibre le calendrier de vaccination en fonction des élections générales d’octobre 2022 qui approchent.

Pour lui, une véritable présence politique dans la rue et de masse – interdite le plus longtemps possible – tombe comme un gant, car la révolte sur les réseaux sociaux est toujours neutralisée par les mensonges systématiques que diffuse son organisation criminelle (en fait, la paralysie de l’enquête sur les bordées illégales de messages durant sa campagne électorale frauduleuse est une démonstration du caractère généralisé de la pourriture institutionnelle).

Qu’il tente maintenant de diffuser des ragots sur l’importation du vaccin venant de tel ou tel pays [importation, avec retard, depuis l’Inde du vaccin AstraZeneca, manque de seringues, de composants avec risque d’interruption d’une campagne commencée avec retard] et flirte avec la confiscation des vaccins achetés par le gouvernement de São Paulo, tout cela constitue le signe définitif que sa gestion délibérément meurtrière a échappé à son propre contrôle et qu’elle doit être immédiatement arrêtée.

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Nous ne préconisions jamais une protestation massive en temps de pandémie. En effet, nous sommes conscients que, même si la cause est juste et correcte, un important regroupement de personnes peut contribuer à l’augmentation des cas d’infection et à l’asphyxie du système de santé.

Cependant, nous sommes arrivés à un point absolument insupportable: le manque d’air. Pour la même raison, parce que «nous ne pouvions plus respirer», le mouvement noir aux États-Unis est descendu dans la rue de manière «insurrectionnelle» contre le racisme de l’État américain, même face au risque de contagion et de maladie.

«Tout comme au Brésil, on a souvent l’impression que la violence et les injustices de la police d’État, si concrètes dans la vie de la population noire, font plus peur que la maladie elle-même. C’est peut-être pour cela que les gens ont eu le courage d’affronter le virus pour réagir à la violence qui nous tue chaque jour», a expliqué le militant noir Douglas Belchior, à propos de la révolte menée par Black Lives Matter (BLM).

Ici, la situation est encore plus dramatique, si l’on considère que l’État brésilien est un broyeur de personnes encore plus brutal. Ce qui se passe en Amazonas (Manaus) peut s’étendre à tout le pays si Bolsonaro et sa horde d’ineptes et de crapules ne sont pas arrêtés.

Toujours selon le démographe Diniz Alves, à ce rythme, nous terminerons le premier semestre 2021 avec 300’000 morts. Et qui sait quelles tragédies et combien d’entre elles y sont associées

C’est fini. Le temps est venu de descendre dans la rue, d’arrêter le pays et d’éliminer à jamais Bolsonaro de nos vies. (Editorial de Correio da Cidadania en date du 18 janvier 2021; traduction rédaction A l’Encontre)

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