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Le délire antichinois

Le monde se retourne, mais l’Occident ne l’accepte pas. L’hégémonie prévalant sur la coopération, la guerre à la Chine est déclarée. Une guerre aux multiples dimensions que Robert Charvin replace dans son contexte historique et éclaire à la lumière du droit international. (IGA).

Do InvestigÁction, 03/06/2020

ROBERT CHARVIN

« L’Empire (américain) n’est stable que s’il parvient à vendre ses mensonges ».

Michael Parenti, Université de Yale,

The Face of Imperialism, Paradigm Publishers. 2011. (Editions Delga. 2015).

Le système dominant les relations internationales et les économies nationales, c’est-à-dire le capitalisme mondial a l’extraordinaire capacité à se renouveler en « oubliant », à chaque étape, son passé. Non seulement, il fait preuve d’une amnésie hautement rentable, mais il a l’audace de se faire le champion des principes qu’il avait antérieurement bafoués !

Le plus stupéfiant n’est pas le contorsionnisme acrobatique de ses politiciens qui, au-delà d’une incohérence apparente, obéissent à la logique des intérêts socio-économiques dominants. Le politique est aux ordres de l’argent : de la Compagnie des Indes (privée), dotée de prérogatives de puissance publique jusqu’au principe d’extraterritorialité imposé par Washington aux entreprises de toute nationalité et aux Etats sanctionnés, les politiquement puissants ont déployé tous leurs efforts pour servir les économiquement dominants !

Le plus dégradant pour les peuples se réclamant de la Renaissance, des Lumières, de la République et des Droits de l’Homme, est la servilité volontaire d’une large partie de leur intelligentsia, du moins dans certaines disciplines comme le droit et l’économie, dont le travail n’est en rien inspiré par un quelconque esprit critique (sans lequel, il n’est pas de science !), et qui font preuve à longueur de carrière d’un suivisme payé en retour d’une médiocre notabilité et de quelques prébendes de diverses natures.


La responsabilité première des juristes

Les milieux d’affaires et leurs politiciens sont les vrais décideurs dans le domaine de la politique intérieure comme dans celui de la politique étrangère, mais ils trouvent chez les juristes formatés dans les établissements universitaires les plus conservateurs les agents de légitimation de leurs stratégies. Dans les pays européens de vieille tradition juridique, cette caution exerce une influence non négligeable sur l’opinion, particulièrement sur les classes moyennes supérieures. La liste est longue des juristes « à genoux » devant les institutions et les pratiques des régimes successifs depuis plus d’un siècle. Les spécialistes du droit international sont le plus souvent très « compréhensifs » pour la politique étrangère de leur Etat d’origine. Leurs analyses ne diffèrent que rarement de celles de leur ministre des Affaires Etrangères. Les plus « éminents » en France par exemple, étaient très proches du Quai d’Orsay, comme ils appartiennent aujourd’hui à des structures (l’IFRI, l’IRIS, etc.) qui lui sont rattachées !

Durant le XIX° et la première moitié du XX° siècle, n’étaient pris en compte que les « Etats civilisés », autrement dit les Etats européens, « seuls membres réguliers de la communauté internationale et seuls fondés à bénéficier du droit international ». Le reste du monde était « barbare » ou « sauvage », « l’européen et le chinois, le chrétien et le musulman, n’ayant pas une identique conscience juridique » ! La hiérarchisation des races et des peuples allait de soi et seules les notions conçues par les Européens avaient « vocation universelle » (particulièrement le droit de propriété), parce qu’inspirées des préceptes chrétiens.

L’Empire puis la Première République chinoise, qui manifestaient leur réticence à s’ouvrir au commerce international s’excluaient de la communauté des peuples civilisés : le recours à la force pour pénétrer le marché chinois était un droit pour les éminents juristes occidentaux !

Quant à la protection des Droits de l’Homme ou des minorités, ils (elles) ne pouvaient être pris(es) en considération sous peine de « faire sauter tous les Etats », écrivait en 1931 le titulaire de la Chaire de droit international de la Faculté de Droit de Paris : les droits de l’homme étaient alors assimilés à un « explosif » très dangereux !

Malgré l’adoption de la Charte des Nations Unies, le principe de l’autodétermination des peuples comme celui de l’égale souveraineté des Etats n’étaient pas considérés comme applicables aux colonies (« L’Algérie, c’était la France » et la torture était passée sous silence …).

Quant à la Chine, devenue communiste en 1949, malgré l’assistance occidentale aux forces nationalistes (qui finissent par se réfugier à Formose), elle n’avait pas d’existence légale, non reconnue diplomatiquement par les Etats-Unis et leurs alliés. Ce qui ne choquait en rien les juristes toujours plus occidentalistes et anticommunistes convaincus, semble-t-il, que la seule Chine légitime était celle de Taïwan. Les faits n’étaient pas pris en compte jusqu’au jour où la France gaulliste reconnaîtra de jure la Chine de Pékin. Les seuls peuples qui avaient des droits étaient ceux qui étaient « satellisés » par « l’Empire » soviétique qui avait eu l’audace de perturber le droit international en y introduisant quelques conceptions soviétiques ! La Chine, durant toute la guerre froide (et particulièrement lors des guerres de Corée et du Vietnam) avait pour vice majeur d’être ennemie des Etats-Unis puis d’être partisane avec les Non Alignés d’un « Nouvel Ordre » incompatible avec les intérêts occidentaux et jugé « irréaliste » !

Fortement préoccupés cependant par cette arrivée du Tiers Monde sur la scène internationale, nombre d’internationalistes se sont faits fervents « européanistes », usant de leur imaginaire pour transformer une Europe des affaires parrainée par les Etats-Unis en l’Europe de la Paix et de la Démocratie !

Contre l’indépendance des peuples et des Etats « nouveaux » issus des mouvements de libération nationale, ces européanistes avaient pour idéal le rejet du principe de souveraineté, obstacle (archaïque) à l’épanouissement du super-étatisme européen.

Extrapolant à l’échelle mondiale, ces juristes ouvraient la porte à l’omnipotence des Grandes Puissances occidentales et des pouvoirs privés transnationaux, les « lois du marché » se substituant à la légalité internationale. Certains comptaient sur « la société civile » et les ONG occidentales pour combattre les atteintes aux droits de l’homme des régimes communistes et de leurs alliés du Sud.


L’occidentalo-centrisme de la pensée officielle

Hors l’Occident, point de salut ! Les représentants de la pensée académique ont sur la Chine un point de vue très éloigné de « l’objectivité apolitique » dont elle se réclame.

En 1995, pour Marisol Touraine, professeur à Sciences Po à Paris (qui n’a pas encore été promue Ministre de la Santé), par exemple « la Chine n’a qu’une stratégie de nuisance antioccidentale » : elle constitue « l’un des pires obstacles à l’établissement de nouvelles règles du jeu respectées par tous ». « Sa puissance économique en fait un perturbateur préoccupant qu’aucune réforme de régime en place ne paraît susceptible d’amender ». Or, « le communisme chinois n’a pas réussi à s’approprier l’idée de modernité qui reste occidentale »[1] !

A ces insanités[2] s’ajoutent dans le même ton, en 2002, les observations du professeur Guilhaudis, proche de la position du Département d’Etat étasunien[3] : « La Chine est une énigme… » … « Se profile la guerre des civilisations pour la domination du monde. Pour l’instant, la Chine ne peut s’y lancer faute de moyens ». « A propos de Taïwan, le vernis craque : elle brandit ouvertement la menace, c’est alors que transparaît la vraie nature de la Chine » !!

On se garde bien, par ailleurs, de produire un historique des relations internationales pour mieux saisir que c’est le « retournement du monde » qui est en train de se produire, l’Asie, et particulièrement la Chine, se constituant en centre dynamisant du monde en lieu et place d’un Occident s’auto-détruisant notamment par l’agressivité étasunienne, révélatrice de son affaiblissement relatif. L’impérialisme était peut-être le stade « suprême » du capitalisme, mais le stade ultime semble être celui d’un pourrissement généralisé. Après avoir clamé que le commerce était la source fondamentale des relations pacifiques dans le monde, y compris avec la Chine, le capitalisme américain ne cesse de faire du commerce une arme de guerre au service des plus tricheurs !

L’approche des réalités chinoises tout comme la politique suivie par les Etats-Unis et leurs alliés vis-à-vis de Pékin confirment la pathologie traditionnelle et incurable d’un occidentalo-centrisme qui n’a plus les moyens de s’imposer sans partage.

La Chine fait l’objet, aux Etats-Unis et en Europe, de toutes les critiques, dans tous les domaines !

Tout ce qui s’y passe est l’occasion d’en dénoncer la malfaisance pour le « malheureux » peuple chinois comme pour l’ensemble du monde.

On peut énumérer les cas les plus récents de « mal-gouvernance » du Parti Communiste chinois, selon la propagande occidentale : Hong Kong où les « pro-démocratie » (comme sont qualifiés les manifestants) sont réprimés alors qu’ils ne font que défendre la liberté d’expression (en réalité leurs privilèges) dans cette enclave affairiste du territoire chinois, dont l’origine est britannique, plus proche de Singapour et de Monte Carlo que de Pékin ; le Covid 19, qui a tué plus de 400.000 personnes dans le monde (dont plus de 130.000 aux Etats-Unis et dont on ne sait trop s’il résulterait de « l’incompétence » des scientifiques chinois ou d’un « complot délibéré » contre la santé des Occidentaux, selon Trump, à la recherche de bouc-émissaire !

A ces accusations récentes, il convient d’ajouter le projet « inquiétant » des « routes de la soie », les « menaces » pesant sur Taïwan, le soutien « irresponsable » fourni à la Corée du Nord, les liens « trop étroits » avec la Russie, l’oppression des Tibétains et des musulmans chinois, mais surtout la puissance d’un Parti Communiste toujours au pouvoir, qui ose utiliser le marché et les appétits financiers capitalistes pour sa propre croissance, tout en édifiant un socialisme spécifique[4] !

Le « pire » serait cependant ailleurs : la puissance chinoise, y compris financière, tend à rivaliser avec la puissance américaine, dans tous les domaines, ce qui est considéré comme insupportable par l’Occident dans son ensemble : le trumpisme clownesque ayant raison au moins sur un point, pour les Européens, celui des sanctions commerciales prises contre Pékin !

Depuis 1945, les Etats-Unis ont multiplié les opérations de guerre à travers le monde ; ils ont exercé leur emprise économique et financière sur toutes les économies, y compris celles de leurs « alliés » ; ils ont perverti les cultures nationales en raison d’une hégémonie d’une vulgarité prononcée, mais le monde s’y est habitué dès lors que « les Etats-Unis ont gagné la bataille du Jeans » à l’issue de la guerre froide, comme a pu le dire Michel Jobert, lorsqu’il était Ministre des Affaires Etrangères ! La politique chinoise est très loin d’avoir été aussi perturbatrice que celle des Américains !

Néanmoins, l’inquiétude monte dans les chancelleries occidentales : que va devenir le monde et comment vont évoluer les profits si la Chine l’emporte ? La question, loin d’être métaphysique, assombrit l’horizon de ceux qui se croient tout permis depuis si longtemps ! Certains vont jusqu’à craindre que l’on soit trop « tolérant » vis-à-vis de Pékin et qu’il n’est pas concevable de laisser se poursuivre cette montée en puissance d’un « non-occidental », n’ayant pas les « complaisances » du néofascisme de New Delhi ou de Rio avec le monde de l’argent et avec qui le principe de la « libre » concurrence est jouable sans crainte !

Pour ne pas donner à la volonté de renaissance chinoise le moindre fondement, l’Occident a pris soin de gommer sa propre histoire dévastatrice d’une Chine qu’elle a longtemps humiliée.


L’amnésie historique

Durant le XIX° et la moitié du XX° siècle, la Chine a subi de la part des Etats occidentaux et du Japon une subordination totale : démantèlement de sa souveraineté, occupations territoriales, surexploitation économique, sanctions financières, massacres humains…

Les Etats européens (en particulier la Grande Bretagne et la France) et les Etats-Unis n’ont pas donné de leçon de démocratie, particulièrement à partir de 1842, date du Traité de Nankin, imposé par la Grande Bretagne, à la suite de la « guerre de l’opium ».

Cette guerre, sur laquelle les historiens européens sont très discrets, est un immense scandale : la Grande Bretagne, maîtresse de l’Inde colonisée, exigeait que le pavot qui y était cultivé soit exporté librement en Chine où la consommation d’opium était interdite ! C’est le recours à la force armée qui a permis d’ouvrir les portes du territoire et des ports chinois aux exportations, y compris celles des produits stupéfiants, juridiquement organisées dans des « traités inégaux » imposés unilatéralement, reproduits ultérieurement par une série d’autres Etats, y compris la France, la Russie, le Japon, le Portugal, la Suède, la Suisse, le Mexique, etc.

Le principe de l’extraterritorialité imposé aujourd’hui par les Etats-Unis est très proche dans son esprit de ce qui était appliqué au profit des résidents étrangers en Chine échappant à la loi chinoise !

Les violations actuelles par les Etats-Unis de la Charte des Nations Unies sont de même nature que les violations de la légalité internationale et du Pacte de la SDN imposées à la Chine, « récompensée » de son engagement contre l’Allemagne (1917-1918) par les titres reconnus au Japon impérial pour occuper la Chine !

La pratique des banques étrangères installées en Chine jusqu’en 1945 imposait au gouvernement chinois, et à leurs conditions, des emprunts massifs bloquant le développement de l’économie nationale, comme c’est le cas aujourd’hui pour les pays du Sud sous tutelle du FMI et des grandes banques occidentales !

Les missionnaires du Saint-Siège se comportaient en Chine comme les fourriers de l’impérialisme étranger comme aujourd’hui les produits frelatés de la sous-culture étasunienne !

Le régime juridique extraordinaire d’iniquité imposé aux Chinois mériterait d’être soigneusement analysé par les étudiants occidentaux[5] : ils apprendraient l’œuvre magistrale de leurs ancêtres et de leurs professeurs de droit dont on honore les noms dans les salles des pas perdus des universités, très étrangers à toute préoccupation humaniste ; ils comprendraient la profonde humiliation des Chinois qui n’ont pas la mémoire courte et qui, aujourd’hui, commencent à prendre leur revanche !

L’Occident, à l’apogée de sa politique coloniale, lorsqu’il n’y avait pas de contre-feux à ses ambitions, a montré ce dont il était capable, avant de pleurnicher depuis les années 1960-1970 seulement sur les droits de l’homme et la démocratie !

Il avait tous les moyens de « civiliser » le monde : il l’a dévasté pour son seul profit !

La seule obsession de l’époque était l’antibolchevisme et la volonté de conserver le système colonial (la France est, par exemple, surtout préoccupée de sauvegarder l’Indochine[6]).

Un seul allié est apparu pour les Chinois : l’URSS. En 1924, un traité fondé enfin sur « l’égalité et la réciprocité » est conclu. L’appui soviétique facilite des recours en annulation (y compris devant la Cour Permanente de Justice Internationale) contre les traités inégaux. Pour la première fois, la Chine sort de son isolement et entre dans la vie internationale grâce à des Européens, les Russes !

Mais le Japon, dont le colonialisme est particulièrement brutal, conquiert la Chine à compter de 1937, insatisfait de son protectorat sur la Mandchourie et la Chine du Nord !


Le réveil révolutionnaire, la montée en puissance et le déni occidental

1949 : le Parti Communiste chinois accède au pouvoir. Débute alors en Occident une propagande primaire contre le « péril jaune ».

Le racisme et le mépris se conjuguent pour ce monde paysan qui prétend fonder un communisme spécifique qui oblige à ne plus ignorer la Chine, à se préoccuper de ce qu’elle pense et de ce qu’elle fait. Le changement de situation « heurte » : « on ne s’y attendait pas », note la grande écrivaine Han Suyin. L’entrée en scène de la Chine inquiète : elle est longtemps exclue de l’ONU et ne bénéficie pas de la reconnaissance diplomatique des Etats occidentaux. Le seul objectif est de la « contenir » et de l’isoler, comme si son existence même n’était pas légitime ! C’était la situation passée d’une Chine sous tutelle qui était « normale » : l’anticommunisme est devenu le prétexte à la tentative de restaurer un monde aboli, si longtemps « confortable » pour l’Occident !

Comment admettre qu’une puissance « non-blanche » de plusieurs dizaines de millions de citoyens puisse se métamorphoser et s’affirmer par ses propres ressources et ses propres efforts, sans s’inspirer du modèle occidental ? « L’immobilité » de la Chine était appréciée : son dynamisme relève de « l’anormal » ! Elle ajoute même à son mouvement irréversible une continuité « passé-présent-avenir » formant une unique entité temporelle, source d’angoisse existentielle en Occident : le « Vent d’Est l’emporterait-il sur le Vent d’Ouest ? » et « l’impérialisme ne serait donc plus qu’un tigre de papier ? » ….

Après la période de la « pensée Mao », une nouvelle phase a commencé et l’Histoire s’est accélérée : la vitesse exceptionnelle du développement du continent chinois (1 milliard 400 millions d’hommes et de femmes), la sortie de la pauvreté de centaines de millions de Chinois et malgré tout, sinon la primauté, du moins la place toujours prioritaire de l’idéologie, bouscule toutes les relations internationales et toutes les conceptions traditionnelles du monde : l’espoir occidental déçu était l’abandon du projet socialiste, ou du moins la survenance d’un Khrouchtchev ou d’un Gorbatchev pour favoriser les compromissions avec l’ordre établi du monde !

Pour les tartuffes occidentaux, faire de l’argent avec les Chinois était une chose, c’est-à-dire une bonne affaire : elle a été longtemps présentée à l’opinion come un objectif noble. En faisant du commerce avec la Chine, les entreprises occidentales participaient à une œuvre « civilisatrice », comme par le passé, en « démocratisant » les Chinois !

Hélas, non seulement les communistes sont toujours là mais l’économie chinoise est de plus en plus exigeante avec les entreprises occidentales (par exemple, en matière de transfert de technologie), au fur et à mesure qu’elle progresse !

Le « drame » pour Washington, Paris ou Berlin serait, pour les prochaines décennies, à l’issue de ce qui est peut-être une immense « N.E.P », avec les moyens presque illimités que ne possédait pas la Russie soviétique, l’accession de la Chine au premier rang des puissances mondiales, nouveau centre du monde, source d’une nouvelle sagesse et d’un socialisme inédit, utiles au reste du monde, parce qu’issus d’une civilisation de vieille culture[7].

Peut-être une étape historique dans le combat contre la brutalité primitive, le racisme et la dépersonnalisation que les Etats-Unis favorisent depuis si longtemps et pour une coopération moins inéquitable et moins destructrice.

Peut-être pour l’Humanité une sortie de la petite enfance, en dépit du déni obstiné d’un Occident malade qui ne voit aujourd’hui qu’une Chine « arrogante » et à son tour « conquérante »[8].

Est-il cependant concevable que les Etats-Unis et leurs alliés européens puissent accepter pacifiquement de renoncer à leur hégémonie pluriséculaire ? Le « retournement » du monde, qui n’est pas le premier dans l’Histoire qui connait l’alternance des centres et des périphéries, est-il possible sans tentative armée de l’empêcher ?



Source: Investig’Action

Image: Sebastian Dahlstrom


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Notes:

[1] Cf. M. Touraine. Le bouleversement du monde. Géopolitique du XXI° siècle. Le Seuil. 1995, p. 355 et s.

[2] Elles rejoignent celles de ceux qui ont fait des « dinosaures » d’Asie un fond de commerce, J.L. Domenach et F. Godement (voir, par exemple, Communismes d’Asie : mort ou métamorphose ? Ed. Complexe. 1993). Ces faux « prophètes » que la réalité, près de trente ans plus tard, dément radicalement, annonçaient « la crise terminale » du communisme asiatique ou sa « survie énigmatique » « sans démocratie … ni marché » … en raison de « l’éloignement » de la Chine géographique et culturel du centre de diffusion de l’esprit du temps que constitue le monde occidental » (sic), p. 67.

[3] Cf. J.F. Guilhaudis. Relations internationales contemporaines. Litec. 2002, pp. 136-137.

[4] La station BFM « Business » programme une émission spéciale régulière « Ecochine » expliquant tout l’intérêt qu’il y a d’investir en Chine et d’accueillir en France les investissements chinois. Rien à voir avec la « communication » systématiquement hostile des informations politiques sur la Chine de la même station radio-TV !

[5] Très rares sont les juristes analysant avec rigueur la situation chinoise. Voir J. Escarra (La Chine et le droit international. Pédone. 1931), qui note « l’Europe ne comprend pas et son aveuglement persiste », quoique fasse l’Etat chinois (adhésion au Pacte Briand-Kellog en faveur de la paix et du non-recours à la force, ratification de la plupart des conventions internationales, etc.)

[6] Il ne vient pas à l’esprit de C.B. Levenson (La Chine envahit le Tibet. 1949-1959. Ed. Complexe. 1995) de faire une quelconque analogie entre la pratique des puissances occidentale jusqu’en 1960-1970 en Afrique, par exemple, et celle d’une région que la Grande Bretagne n’a cessé de traiter comme relevant des autorités chinoises, y compris en intervenant militairement, en dépit des protestations des officiels tibétains ! En 1904, le Dalaï-Lama a dû fuir pour échapper aux Britanniques !

[7] Cf. Han Suyin. La Chine en l’an 2001. Stock. 1967.

[8] Cf. E. Izraelewicz. L’arrogance chinoise. Grasset. 2011.

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