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L’amour au temps du coronavirus

Voici un témoignage venu du Venezuela qui explique comment la population est amenée à affronter la pandémie de coronavirus. Malgré les risques que fait courir la maladie, les Etats-Unis n’ont pas levé leur blocus. Le pays doit composer avec un système de santé détérioré. Le prix du baril de pétrole a par ailleurs chuté. Et pourtant, le Venezuela s’organise pour affronter cette nouvelle épreuve. (IGA)

Do Investig’Action, 10/04/2020



Au cours de la deuxième semaine de mars, le coronavirus était déjà en Chine depuis des mois, des semaines en Europe et était arrivé dans les pays voisins. Pendant ce temps, au Venezuela, une campagne de communication focalisée sur la prévention commençait. À chaque instant, nous entendions sur la chaîne d’État, un jingle qui nous demandait, à nous, le pays où tout sauf les étreintes et les baisers sont rares, de nous saluer sans contact physique : « Et si tu vois un ami et que tu veux le saluer : le salut est militaire. Si tu veux le serrer dans tes bras et que tu ne trouves aucun moyen de le faire : le salut, c’est le coude à coude. Et si tu rencontres un autre copain et que tu n’as pas le temps de discuter : le salut est japonais« , nous marchions en fredonnant tous cela dans nos têtes.

Cependant, à peine étions-nous témoins d’un élan de sympathie, que nous lancions nos intentions d’intense affection. D’une manière ou d’une autre, nous avons refusé d’accepter que le virus atteigne aussi le terrain de nos relations.

Le matin du vendredi 13, un ami fonctionnaire m’a averti que dans les prochaines heures, le travail serait suspendu et que serait imposée une quarantaine sociale (deux jours plus tard, une quarantaine fut imposée dans tout le pays). Après son avertissement, et sans connaître en profondeur le mécanisme qui serait employé, j’ai entrepris d’acheter quelques articles de base pour pourvoir à mes besoins à la maison. Dans mon esprit, je m’imaginais de nombreux scénarios complexes.

Au Venezuela, le système de santé publique est assez détérioré et les sanctions économiques contre le pays ne permettraient pas l’entrée des produits nécessaires pour faire face à cette crise. En outre, la pandémie pourrait finir par faire sombrer notre faible économie. Et à plus petite échelle, au Venezuela, les achats se font petit à petit. Ainsi, presque aucun foyer ne disposerait de marché pendant un laps de temps prolongé, et beaucoup n’auraient pas l’argent nécessaire pour pouvoir effectuer un achat en payant comptant.

Les scénarios qui m’ont traversé l’esprit étaient catastrophiques. Et en effet, certains se réalisèrent. Non seulement les États-Unis n’ont pas levé le blocus, mais ils ont imposé de nouvelles sanctions. Le FMI a rejeté l’appel désespéré du gouvernement vénézuélien. Nous avons dû compter sur l’OMS, l’OPS, la Chine et la Russie, pour obtenir les kits médicaux nécessaires. Et au milieu de tout cela, le pétrole est tombé à moins de 30 dollars le baril, les commerçants ont augmenté les prix des fournitures les plus recherchées (masques, alcool, gel anti-bactérien et nourriture).

Cependant, le gouvernement a rapidement réagi et prit des mesures « drastiques » pour éviter les erreurs commises par d’autres pays afin d’empêcher l’implosion de notre système de santé, qui, tout simplement, se détériore. Ensuite, les moyens qui étaient entre les mains du peuple n’ont pas failli.

En ces jours, non seulement nous respectons à plus de 90 % la quarantaine collective (selon le gouvernement), mais nous transférons tout notre amour sur les téléphones, les réseaux sociaux, par le travail à domicile et en prenant soin des nôtres.

Les enseignants ont créé en un temps record des plans pour que les enfants puissent étudier à la maison. Et ce, malgré les carences de notre réseau des télécommunications, principalement en dehors des grandes villes.

Les couturières des organisations populaires ont commencé à fabriquer bénévolement des masques en tissu. Mille et une formules sont apparues pour fabriquer du gel antibactérien fait maison.

Les dirigeants des différentes organisations de pouvoir populaire ont créé des protocoles de sécurité afin que les réserves alimentaires ne manquent dans aucun foyer. De même, les cuisiniers de plusieurs écoles maintiennent l’activité du « Programme d’alimentation scolaire », afin que les parents puissent aller chercher de la nourriture pour leurs enfants et, dans le cas des petites villes, l’emporter à la maison.

Les médecins ont activé des vidéoconférences et des consultations en ligne gratuitement. Les cuisiniers nous ont proposé leurs meilleures recettes, les psychologues n’ont cessé de nous donner des conseils utiles, et l’humour vénézuélien sans pareil s’est démené au mieux pour nous aider à passer sereinement ce moment difficile.

Notre peuple, stigmatisé par les agences internationales, ne sortait pas pour s’entre-tuer dans les épiceries. Contrairement au stéréotype, ce n’est pas ici que le papier-toilette a disparu. Les indépendants et les travailleurs de l’économie informelle, dont d’innombrables vendeurs ambulants, chauffeurs de taxi, etc., voient leurs revenus gelés. Mais nous savons que nous n’allons pas mourir de faim, car la solidarité marche activement dans tous les coins du pays.

Le coronavirus représente une situation difficile et dangereuse dans le contexte actuel, et beaucoup mourront en grande partie à cause de l’impact des sanctions. Mais au cours des 20 dernières années, le Venezuela a tiré de grandes leçons historiques. Nous avons surmonté une grève du pétrole, des tentatives de coup d’État, la mort de Chavez, de violentes protestations, des coupures de courant massives, des blocus économiques et même l’imposition d’un prétendu second « président ».

Nous pouvons surmonter le coronavirus.

Nous pouvons tout surmonter.

Et vous aussi.

Continuons, monde bienveillant.


Traduit de l’espagnol par G. Mathieu pour Investig’Action

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