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Amérique Latine en Résistance : Scandales et jeux politiques

Do Investig´Action, 6 Fevereiro, 2020
Por JESSICA DOS SANTOS / RICARDO VAZ


 Editorial: Qu’est ce qui se cache derrière la nouvelle impasse colombo-vénézuélienne ?

La semaine dernière a vu l’arrestation, au Venezuela, de l’ex-sénatrice colombienne Aída Merlano, condamnée, en Colombie, à 15 années de prison pour achat illégal de votes lors des élections parlementaires de 2018 ; cette arrestation a ravivé le conflit diplomatique qui oppose les deux pays.

Le gouvernement colombien présidé par Iván Duque a déclaré qu’il demanderait l’extradition d’Aída Merlano au “président par intérim du Venezuela ,Juan Guaido”. En octobre 2019, Merlano avait prit la fuite, profitant d’un rendez-vous d’orthodontie dans un cabinet médical de Bogota.

Cette décision découle du fait que la Colombie ne reconnaît pas le gouvernement de Nicolás Maduro et n’a donc pas de relations diplomatiques avec lui depuis le 23 février 2019, date à laquelle Bogotá décida de soutenir la tentative de Juan Guaidó de forcer le passage de « l’aide humanitaire » à la frontière avec le Venezuela. Un mois auparavant, le gouvernement de Duque avait été l’un des premiers à reconnaître l’auto-proclamation du leader d’opposition Juan Guaidó en tant que « président par intérim » du Venezuela.

Pour Nicolás Maduro, l’attitude d’Ivan Duque est « le comble du ridicule » étant donné que « des autorités légitimes et un pouvoir en place » existent au Venezuela. Néanmoins, Maduro proposa de laisser de côté cette impasse pour « rétablir des relations consulaires » afin de trouver une solution aux problèmes qui affectent les deux pays. Sa demande a été immédiatement rejetée par le président colombien.

Au dire de Nicolas Maduro, l’extradition de l’ex-sénatrice Merlano n’est pas dans l’intérêt d’Iván Duque, « car celle-ci en sait beaucoup sur la classe politique colombienne et ses révélations pourraient causer un scandale difficilement contrôlable ». De fait, le président vénézuélien a laissé entendre que les autorités colombiennes auraient facilité la fuite d’Aída Merlano pour éviter ses déclarations devant une Cour de Justice.

Mais que peut bien savoir Aída Merlano? Plusieurs secteurs soulignent qu’après l’achat de voix dont elle est accusée et les corruptions nécessaires à l’organisation de sa fuite, on trouve les clans les plus puissants de la côte colombienne : la famille Char, l’entrepreneur Julio Gerlein et le parti politique Cambio Radical (Changement Radical)

Le pouvoir de la famille Char a commencé avec l’ex-sénateur Fuad Char qui, depuis la côte Nord de la Colombie, est parvenu à bâtir un empire regroupant plus de dix entreprises dont l’une des chaînes de supermarchés et de drogueries les plus importantes du pays, la station de radio Olímpica [Olympique] qui émet dans 17 des plus grandes villes du pays, le club de football Junior de Barranquilla, le club le plus populaire de la Caraïbe colombienne.

Le fauteuil qu’occupait au Sénat Fuad Char est aujourd’hui occupé par son fils Arturo, également candidat à la présidence du Sénat depuis le 20 juillet, alors qu’Alexandre, un autre de ses fils, a été maire de Barranquilla de 2016 à 2019. Parallèlement, d’autres membres de la famille et des alliés de son parti politique sont des entrepreneurs de premier plan dans le secteur du bâtiment.

De son côté, Roberto Gerlein a été plusieurs fois ministre et il a occupé un fauteuil de sénateur durant plus de 40 ans alors que Julio Gerlein dirige l’une des plus importantes entreprises de bâtiment et travaux publics du pays : Valores y Contratos (Valorcon) [Valeurs et Contrats] fondée en 1992. Depuis cette date, la société a participé à plus d’une centaine des plus grands projets de construction, de travaux publics, de projets industriels et de complexes sportifs réalisés en Colombie.
Julio Gerlein ne s’est pas engagé dans la vie politique colombienne, mais il représente la plus grande garantie financière de son frère Roberto et on dit qu’il est le promoteur de la carrière politique d’Aída Merlano.

Les Char autant que les Gerlein sont étroitement liés au parti politique Cambio Radical.l’un des plus touchés par le scandale de la para-politique qui s’est déchaînée à partir de 2006, lorsque l’on a découvert les liens qui existaient entre plusieurs de ses membres et des groupes armés illégaux d’extrême droite. Comment terminera cette histoire après les révélations d’Aida Merlano?

De l’autre côté de la frontière, cet épisode a démontré une fois de plus le manque total d’autorité de Guaido. Le gouvernement de Duque essaie de donner une légitimité au leader d’opposition en lui adressant la demande d’extradition d’Aída Merlano, mais ce qu’on subodore c’est qu’il préfère peut-être que l’ex-députée reste au Venezuela. Une telle situation ne peut profiter politiquement qu’au gouvernement de Nicolás Maduro.

De son côté, Juan Guaidó peut bien mettre son « gouvernement » à disposition, mais des déclarations publiques c’est bien là tout ce qu’il peut réellement faire.
L’auto-proclamé « président par intérim » termine ces jours-ci une tournée internationale pour tenter de revitaliser, à l’étranger, une tentative de coup de force qui s‘est dégonflée depuis bien longtemps à l’intérieur du pays. Après ses rencontres à Bruxelles et à Londres, et de sa participation au forum de Davos, Guaido finalement a obtenu l’entretien tant désiré avec le président Trump.

Brèves

Argentine / Fernández cherche un soutien pour renégocier la dette




Alberto Fernandez avec a la chancelière allemande Angela Merkel (DW)

Le président argentin, Alberto Fernández, tente de conjuguer les efforts pour mener son plan de négociation de la dette extérieure que l’Argentine a initié avec le Fonds monétaire international et ses créanciers privés.

Le leader péroniste a déjà déclaré qu’il ne pouvait pas assumer les engagements pris avec les créanciers par son prédécesseur, Mauricio Macri, et qu’il chercherait l’aide de l’Espagne, l’Italie, la France et l’Allemagne.

Le ministère argentin de l’Économie a annoncé qu’une offre sera présentée aux créanciers dans la deuxième semaine de mars.

Pérou / Keiko retourne en prison

La chef du parti des Forces populaires péruviennes (FP), Keiko Fujimori, qui a fait l’objet d’une enquête pour blanchiment d’argent pendant la campagne présidentielle de 2011, est retournée en détention provisoire pour 15 mois.

La justice du Pérou a déterminé qu’il existe un risque de fuite, car Fujimori n’a pas d’attaches professionnelles ou résidentielles dans le pays.

La fille de l’ancien président emprisonné, Alberto Fujimori, a déjà été emprisonnée pendant 13 mois dans la même prison pour femmes de Lima, mais elle a été libérée en novembre 2019 sur décision de la Cour constitutionnelle.

Le pouvoir politique que Keiko avait atteint en 2016 s’est ainsi dilué; 2016 fut l’ année au cours de laquelle son parti -Fuerza Popular – a obtenu 73 sièges au parlement monocaméral composé de 130 membres du Congrès.

Venezuela / Formation de l’Union communautaire



Réunion régional de la Union de Communes vénézuéliennes (Tatuy TV)

Différentes communes vénézuéliennes (organisations autonomes sur le territoire) et autres expressions du pouvoir populaire s’organisent pour former un mouvement national.

Une réunion régionale a eu lieu dans l’État de Lara, du 24 au 26 janvier, pour préparer une réunion nationale prévue dans les prochains mois.

« L’Union Communautaire, c’est le Chavisme qui refuse de s’agenouiller devant l’oligarchie et le réformisme », a déclaré Ángel Prado, porte-parole de la commune d’El Maizal, l’un des principaux référents du mouvement communal vénézuélien.

Les membres de la communauté présents à la réunion ont également convenu de la nécessité de reprendre les terres et les moyens de production abandonnés, ainsi que d’élaborer une politique de communication pour diffuser le projet.

Bolivie / Evo Morales tente de se porter candidat

Le Mouvement pour le socialisme, MAS, d’Evo Morales, a dénoncé qu’il subissait des persécutions politiques pour l’empêcher d’être candidat à un poste de député ou de sénateur.

«Ils ont peur d’Evo», a critiqué lors d’une conférence de presse la députée du MAS, Sonia Brito, après avoir appris que Patricia Hermosa, à qui Morales avait accordé une procuration pour traiter sa candidature, s’était d’abord rendue dans les unités de police puis au Bureau du procureur à La Paz.

Pendant ce temps, le dirigeant de facto de la Bolivie, Jeanine Áñez, a annoncé sa candidature à la présidence, tout comme Luis Fernando Camacho, l’un des principaux dirigeants du coup d’État.

Honduras / Nouvelle caravane de migrants?



Une nouvelle caravane de migrants est parti vers les États-Unis (Reuters)

Des milliers de Honduriens ont quitté différentes villes formant une nouvelle caravane de migrants en direction des États-Unis.

L’appel a commencé sur les réseaux sociaux à la mi-janvier, lorsque des centaines de personnes ont quitté San Pedro Sula. Il s’agit de la première caravane à grande échelle depuis l’accord signé entre les États-Unis et le Mexique sur l’immigration.

Ces dernières années, plusieurs caravanes sont parties en direction de la frontière entre le Mexique et les États-Unis, cherchant de meilleures conditions de vie et échappant à la violence. L’administration Trump a réagi en menaçant les pays d’Amérique centrale. Après la dernière initiative en date, les autorités mexicaines ont averti que le Mexique « n’est pas un pays de transit » et qu’elles fermeraient le passage à la caravane à la frontière avec le Guatemala.

Interview

Beto Almeida: “Bolsonaro a fait sien tout le discours de Trump”

Le président brésilien, Jair Bolsonaro,a déclaré cette semaine être favorable à l’ouverture des territoires indigènes et des réserves naturelles à l’exploitation minière et énergétique. De la même façon, il a concrétisé plusieurs de ses menaces de privatisations. Comment fonctionne son gouvernement en interne? Le journaliste et analyste brésilien, Beto Almeida, nous répond.

Le gouvernement de Bolsonaro a dû faire marche arrière sur certaines mesures économiques. Mais sur des sujets tels que l’environnement et les attaques aux indigènes, il reste implacable. Sur quoi Bolsonaro met-il l’accent en ce moment?

Il met l’accent sur l’économie. Ce qui caractérise la politique économique de Bolsonaro c’est une lutte sauvage pour tout privatiser. Le super ministre de l’économie, Paulo Guedes, est allé jusqu’à dire dans un discours qu’il adressait à des chefs d’entreprise des États-Unis qu’ils pourraient tout acheter, même la résidence du président de la République.

Des entreprises telles que Embraer, l’une des entreprises aéronautiques les plus importantes au monde, ont été privatisées.On a également commencé tous les préparatifs pour privatiser les gazoducs et oléoducs de Petrobras, même en ce qui concerne les autorisations pour exploiter les puits et les gisements découverts auparavant. En ce domaine, on avance dans la privatisation de la Poste, la Maison de la Monnaie, la banque du Brésil, la Caisse économique fédérale. La semaine dernière, par exemple, on a fermé une entreprise publique de production de fertilisants; cette fermeture a lieu pour que le Brésil cesse de produire et qu’il commence à importer des Etats-Unis. Aujourd’hui, le Brésil importe du gasoil et de l’essence des Etats-Unis.Nous exportons du pétrole et nous importons de l’essence, ce qui augmente la dépendance par rapport aux Etats-Unis. Nous sommes des fournisseurs de matières premières bien que nous ayons des raffineries et la capacité d’être autosuffisants. cette politique consiste à dé-nationaliser et à céder ce que nous avons. Le dernier point, c’est un accord avec les Etats-Unis pour leur céder des bases aériennes spatiales.

Récemment, Bolsonaro s’est opposé à l’élection de Fernandez en Argentine; auparavant, il avait fait partie des instigateurs d’un calendrier anti-Venezuela. Aujourd’hui, quel est l’agenda international du gouvernement?

L’agenda international du Brésil avec Bolsonaro relève d’une totale et inexplicable soumission aux intérêts stratégiques des Etats-Unis sans que nous en tirions le moindre avantage. Au contraire, le Brésil est en train d’être fustigé, écarté des préférences des Etats-Unis, en matière d’agenda international. Bien que Bolsonaro ait assumé comme sien tout le discours de Trump, il n’en ai pas pour autant le préféré.

Bolsonaro suit la même ligne que Trump contre le Venezuela, Cuba, le Nicaragua, la Bolivie, le Mercosur et l’Argentine. Mais, en même temps, Bolsonaro a dû marquer une petite pause car l’industrie brésilienne voit que l’Argentine représente un marché important. De fait, on parle à présent d’une relation commerciale stable avec l’Argentine et les attaques contre Fernandez ont complètement cessé. C’est la même chose avec la Chine. Au début, Bolsonaro avait une position réactionnaire et anti-communiste, mais il a dû organiser le sommet des BRICS au Brésil, puis voyager en Chine et même conclure des accords dans les secteurs de l’économie, des infrastructures, de l’énergie et il a abandonné ce discours. Dans le cas du Venezuela, il s’en est tenu aux discours. Il n’a pas rompu les relations alors qu’il l’a fait avec Cuba et dans le cas du programme de santé “Plus de médecins”, par exemple. Récemment, il a décidé de suspendre la participation du Brésil à la CELAC, ce qui révèle également sa ligne politique idéologique.

Le cas de Lula continue de dominer l’actualité médiatique et politique. Actuellement, quel rôle sont en train de jouer Lula et le PT dans l’opposition? Est-il une figure réellement active?

Il est évident que Lula continue d’être le plus populaire des politiques brésiliens. Qu’en est-il? Il est libéré mais il n’est pas complètement libre, il est toujours condamné par une loi qui en fait une personne inéligible et tout laisse penser que le pouvoir capitaliste et l’ingérence nord-américaine ne lui permettront pas d’être le candidat du PT aux élections présidentielles de 2022. Néanmoins, il agit pour modifier les forces progressistes et démocratiques de la gauche où il y a une grande division et une sorte de vide. Lula était l’homme du rassemblement, de l’empathie, du prestige, celui de la sagacité et de l’intelligence, avec une grande capacité de communication avec les masses populaires mais aussi avec les intellectuels, les milieux de la culture, les professionnels, des secteurs de l’église, etc… Et cela, ça ne s’est pas reproduit. Il y a même des menaces d’autres procès contre lui, qui pourraient également finir par une condamnation et de la prison. C’est un homme libéré mais menacé de façon permanente. Il est conditionné, comme attaché. Il est encore attaqué de façon impressionnante par la droite, par les médias.

C’est pourquoi, à présent, son rôle consiste à tenter d’unifier la gauche avant les élections municipales d’octobre prochain sur le chemin de l’année 2022. Pour 2022, Lula a proposé un front large avec un candidat qui unisse.



Congrès du MST en 1985 (MST)

Veines Ouvertes : “L’occupation, c’est la seule solution”

Le premier congrès du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil s’est tenu du 29 au 31 janvier 1985.

Après des années de lutte pour la démocratisation de la terre, les travailleurs ruraux se sont constitués en un mouvement avec comme consignes “la terre à celui qui la travaille” et “l’occupation, c’est la seule solution”.

Le MST a été l’un des mouvements populaires les plus combatifs en Amérique Latine, en luttant pour la réforme agraire et pour le socialisme. Avec une présence dans tout le pays, ce mouvement promeut l’occupation de terres par le peuple paysan. Jusqu’à nos jours, plus de 350 000 familles ont conquis leur terre grâce à la lutte du MST.

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Les opinions exprimées sont celles des auteurs et ne correspondent pas forcément à celle des membres de l’équipe de rédaction d’Investig’Action.

Traduit par Ines Mahjoubi, Manuel Colinas Balbona et Sylvie Carrasco. Relecture par Ines Mahjoubi.

Source : Investig’Action

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