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Brésil. L’Amazonie sous le gouvernement Bolsonaro: dévastation de l’environnement et attaques contre les peuples indigènes

Do Alencontre, 11 de janeiro, 2020
Por Will Mota


L’une des caractéristiques les plus frappantes de la première année du gouvernement de Jair Bolsonaro a été sa politique «anti-environnementale», qui s’est d’ailleurs exprimée dans la presse internationale suite aux propos insensés tenus par le président de la République et son ministre de l’Environnement, Ricardo Salles. Cette politique s’est manifestée à l’occasion de nombreux scandales, tels que l’augmentation de la déforestation et des brûlis dans la forêt amazonienne ainsi que des attaques contre les peuples indigènes (amérindiens), illustrées par l’assassinat de dirigeants amérindiens, comme ceux appartenant aux peuples Guajajara (dans l’Etat de Maranhão) et Waiãpi (dans l’Etat d’Amapá). Le nombre d’assassinats de membres des peuples indigènes est le plus élevé des 11 dernières années, avec 7 dirigeants assassinés sur ordre du Capital, cette année seulement.

La déforestation et la violence contre les peuples indigènes sont des phénomènes qui vont de pair, car l’exploitation forestière illégale, le grilagem [accaparement illégal de terres par falsification de titres de propriété] et les garimpos [exploitation minière, d’or entre autres] clandestines [1] sont réalisés dans une large mesure, précisément, après l’invasion des terres indigènes par des hommes d’affaires criminels et avec l’aval du discours anti-indigène et anti-environnemental des autorités, représentées par les Salles et Bolsonaro.

Les attaques contre l’environnement amazonien et les peuples indigènes ont commencé dès le premier jour du gouvernement Bolsonaro avec la tentative de suppression du ministère de l’Environnement (MMA-Ministério do Meio Ambiente), mesure à laquelle Bolsonaro a dû renoncer en raison de son retentissement plus que négatif. Comme il ne pouvait pas simplement supprimer le MMA, il a choisi de le mettre à la disposition des intérêts du latifundium et de l’agrobusiness. Le départ du personnel technique du ministère et la paralysie des initiatives telles que les programmes de défense de l’environnement se traduisent dans la réduction de 24% du budget de l’IBAMA (Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables) pour l’année 2019 et dans celle à hauteur de 34% des amendes infligées par l’agence publique aux responsables de la déforestation; cela au cours du seul premier semestre 2019.

Un autre exemple du mépris de ce gouvernement pour le réchauffement de la planète a été l’annulation de la COP25 qui devait se tenir au Brésil, soit le plus grand événement mondial sur les changements climatiques [2]. De plus, tout au long de l’année, le gouvernement a attaqué le Amazon Fund (Fonds international de lutte contre la déforestation), rendant impossible l’utilisation des ressources réunies [en août 2019, le Fonds a interrompu son projet]. De plus, le gouvernement a créé un organisme de réglementation afin d’examiner les amendes environnementales et de les annuler.

Bien que les attaques du gouvernement actuel contre l’Amazonie aient peut-être eu de fortes répercussions internationales, plus importantes ont été l’augmentation brutale des taux de déforestation ainsi que la démission de l’ancien président de l’INPE (Instituto Nacional de Estudios e Pesquisas), Ricardo Galvão [physicien réputé], accusé par le président de la République [lors d’une conférence de presse tenue le 19 juillet 2019, suivie par les médias internationaux] de mentir sur les données publiées. La forêt amazonienne a été la proie des flammes entre la mi-2018 et la mi-2019, ce qui a abouti à un taux supérieur de 88% (en termes de surface brûlée) par rapport à l’année précédente. Au point qu’une ville comme São Paulo a ressenti les effets de la fumée et de la faible humidité (pluies) comme un effet collatéral des incendies.

Cette politique de mort et de destruction s’est également traduite par la permission irresponsable donnée par le ministère de l’Agriculture de déverser massivement des pesticides. Au cours du seul premier semestre de 2019, 239 nouveaux pesticides ont été autorisés par le gouvernement, dont au moins 14 substances interdites dans d’autres pays.

En ce qui concerne la question indigène, il faut souligner que le gouvernement est radicalement opposé à la démarcation (délimitation) des terres indigènes et ses intentions, exprimées à plusieurs reprises tout au long de l’année, ne sont autres que de permettre l’exploitation minière sur ces terres.

Bolsonaro a tenté, mais a heureusement été battu à deux reprises (une fois devant Tribunal suprême fédéral et une fois par la Chambre fédérale) sur son projet de retirer à la FUNAI (Fondation nationale de l’Indien) l’attribution de la délimitation des terres indigènes et de la transmettre au ministère de l’Agriculture. Cependant, comme Bolsonaro l’a dit lui-même à maintes reprises, avec son gouvernement il n’y aura pas un millimètre de terre pour les indigènes (Amérindiens). Au contraire, ses larbins étudient, dès le premier jour de son investiture, un moyen de réduire les unités de conservation et les terres protégées, y compris les Terres indigènes reconnues [la Constitution de 1988 garantit aux Amérindiens un droit inaliénable de vivre sur leurs terres ancestrales et d’en être les propriétaires]. Cela dans le but de permettre l’exploitation économique, en particulier l’activité minière, dans ces territoires préservés. Si cette mesure est effectivement adoptée et approuvée, 215 territoires indigènes, qui occupent une superficie équivalente à 8 millions de terrains de football en Amazonie légale, risquent d’être dévastés. La politique étatique et para-étatique de génocide des peuples amérindiens pourrait atteindre son paroxysme en raison de la multiplication des conflits agraires et socio-environnementaux.

Toutes ces attaques visent à établir un nouveau niveau d’exploitation de la nature, incompatible avec l’existence des peuples indigènes et la préservation de la forêt, de l’eau et de la terre dans l’une des biomasses terrestres les plus importantes. Bolsonaro veut transformer les Amérindiens en «entrepreneurs» et les ressources naturelles encore préservées en marchandises disponibles pour la prédation capitaliste. L’actuel président du Brésil est une menace pour l’existence de la planète et doit être détenu. C’est urgent. (Article publié sur le site d’Esquerda online, en date du 19 décembre 2019; traduction rédaction A l’Encontre)

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[1] Le 25 juillet 2019, BBC News Brasil (João Feillet et Camilla Costa) publiait un article fondé sur des images prises par satellite qui «révèlent une expansion récente des garimpos illégales sur les terres indigènes de l’Amazonie: elle s’est produite depuis le mois de janvier 2019. Les indigènes et les environnementalistes attribuent cette avancée – observée dans différentes parties du Pará et du Roraima – aux déclarations du président Jair Bolsonaro en faveur de l’exploitation minière sur les terres indigènes et à ce qu’ils considèrent comme un relâchement de la lutte du gouvernement contre les crimes environnementaux.

Cette croissance des points chauds miniers se produit à un moment où l’INPE (Institut national de recherches spatiales) montre un taux élevé de destruction en Amazonie et voit son travail remis en question par le président, pour qui la divulgation des données sur la déforestation pourrait nuire au pays dans les négociations internationales.» (Réd. A l’Encontre)

[2] Le Brésil a annoncé mercredi 28 novembre 2018 qu’il renonçait à organiser le sommet du climat COP25 en 2019, année de la prise de fonctions du président élu d’extrême droite Jair Bolsonaro. Le nouvel homme fort du Brésil est connu pour ses positions climatosceptiques. «En raison de restrictions budgétaires […] et du processus de transition avec la nouvelle administration qui prendra ses fonctions le 1er janvier 2019, le gouvernement brésilien s’est vu contraint de retirer son offre de recevoir la COP25», a expliqué le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué; Aloysio Nunez (Parti de la social-démocratie brésilienne) était à ce moment ministre des Affaires étrangères et du Commerce extérieur. (Réd. A l’Encontre)

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Lausanne, 21 janvier 2020, 20h, La Fraternité, Place Arlaud 2

Soirée de discussion avec Gloría TROGO, activiste féministe et socialiste,
membre du PSOL (Belo Horizonte, Etat du Minas Gerais)
Luttes écologistes et sociales au Brésil
sous le gouvernement Bolsonaro

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