Pages

Pourquoi le Président Bolsonaro ne peut pas célébrer le coup d’État de 1964….

Do Investig´Action, 04 Abril, 2019
Por JOAO FILHO



Cette semaine, alors que le coup d’État militaire a 55 ans, Bolsonaro a demandé aux forces armées de commémorer cette date au quartier général. Le président veut que les membres du gouvernement exaltent la période où les viols, les tortures et les meurtres de civils – ce qu’il appelle les « petits problèmes » – ont été ordonnés par le gouvernement.

Jair Bolsonaro avait 9 ans lorsque l’armée a renversé la démocratie en 1964. C’était un simple enfant qui rêvait de s’engager dans l’armée. Peu après la fin de la dictature, à l’âge de 31 ans, Bolsonaro, alors déjà militaire, a écrit un article pour le magazine Veja se plaignant des bas salaires des militaires. Son indiscipline lui a coûté 15 jours de prison. Mais l’enfermement n’a pas réussi à retenir son esprit incendiaire. L’année suivante, le capitaine poursuit la lutte pour le réajustement des salaires et élabore un plan qui lui semble infaillible : bombarder les casernes et l’école militaires.

Le plan a été découvert et d’autres poursuites ont été intentées contre lui. En 1988, Bolsonaro a été reconnu coupable par les colonels, mais acquitté par la suite dans un appel accepté par les ministres de la Cour militaire supérieure. Malgré cela, le capitaine a quitté les forces armées par la petite porte. Des officiers militaires de haut rang le considéraient comme un « opportuniste » avec « une ambition financière et économique excessive » – une renommée acquise en tant que lieutenant débutant, après qu’il a conduit un groupe de soldats à chercher illégalement de l’or à Serra Pelada.

Toujours en 1988, Bolsonaro a rejoint la politique et a été élu conseiller municipal à Rio de Janeiro. Bien qu’il ait été élu, sa mauvaise réputation auprès du personnel militaire de haut rang lui a valu l’interdiction d’entrer dans de nombreuses casernes. Aujourd’hui, 30 ans plus tard, le militaire de bas rang qui voulait bombarder les casernes est devenu le chef suprême des Forces armées, une position démocratiquement conquise.

Deux courants principaux forment le gouvernement bolsonariste : « l’olavisme » et l’armée. Alors que le premier est basé uniquement sur l’idéologie extrémiste du vieux chasseur d’ours de Virginie (USA), le second est plus pragmatique et modéré – rappelons que même un trezoitão (arme chargée, désignation d’arme dans le langage populaire au Brésil, NdT) semble modéré aux côtés de Bolsonaro. Le président essaie de trouver un équilibre entre les deux, mais il est déjà clair que l’olavisme est celui qui a le plus d’influence sur lui et ses enfants.

Malgré la composition d’un gouvernement comptant un plus grand nombre de ministres militaires que celui de la dictature militaire, Bolsonaro et les Forces armées entretiennent toujours des relations tendues. Sans les freins des haut dirigeants militaires, par exemple, Bolsonaro aurait peut-être déjà fait la guerre au Venezuela.

Cette semaine, alors que le coup d’État militaire a 55 ans, Bolsonaro a demandé aux forces armées de commémorer cette date au quartier général. Le président veut que les membres du gouvernement exaltent la période où les viols, les tortures et les meurtres de civils – ce qu’il appelle les « petits problèmes » – ont été ordonnés par le gouvernement.

Un demi-siècle plus tard, nous avons un président élu qui exalte le régime qui empêchait les présidents d’être élus. Pour lui, il n’y a eu ni coup d’État ni dictature, mais une révolution qui nous a sauvés du communisme. La fausse logique est la suivante : les crimes commis par l’État étaient nécessaires pour empêcher un autre régime de commettre les mêmes crimes.

Le gouverneur Witzel et le chancelier Ernesto Araújo ont utilisé la même justification mensongère et l’ont présentée comme s’il y avait encore une dispute narrative. Comme si appeler cela un « coup » ou une « révolution » était une question de point de vue. Ce n’est pas le cas. Qualifier le coup de 1964 de “révolution” revient à terrasser l’Histoire. C’est tout simplement faux. La menace communiste de 1964 est le fruit du même délire qui garantit l’existence d’une menace communiste aujourd’hui. En d’autres termes, pas de délire du tout, la création de ces fantômes est stratégique. Le mensonge est la méthode qui a guidé et guide tous les coups d’État contre la démocratie et qui a soutenu tous les régimes totalitaires connus.

Les militaires, qui se sont toujours souvenus discrètement de la date, ont voulu être encore plus discrets cette année afin de ne pas contribuer encore plus à l’escalade idéologique promue par le président. Après la détermination de Bolsonaro, les dirigeants militaires ont rédigé un ordre du jour avec un langage plus modéré que celui du président, mais tout aussi mensonger. Le texte ignore le fait que l’État brésilien a déjà assumé les crimes commis pendant la dictature militaire après la conclusion du rapport de la Commission Vérité en 2014.

Un juge fédéral a donné cinq jours au président pour s’exprimer sur une action ouverte d’un avocat demandant une injonction pour commémorer l’anniversaire du coup d’État dans la caserne. Quelques heures plus tard, le Bureau du Défenseur public de l’Union a ouvert une procédure similaire. Le ministère public fédéral, par l’intermédiaire du procureur fédéral pour les droits des citoyens, a publié une déclaration affirmant que l’acte de Bolsonaro est « d’une énorme gravité constitutionnelle » et représente un crime de responsabilité.

« Le soutien d’un Président de la République ou de hautes autorités serait également un crime de responsabilité (article 85 de la Constitution et loi n° 1.079 de 1950). Les motivations supposées du coup d’État – de la dispute narrative féroce – ne sont absolument pas pertinentes pour justifier le renversement inconstitutionnel d’un gouvernement démocratique, dans quelque hypothèse et contexte que ce soit.

Alors qu’il était à la législature, Bolsonaro n’était qu’un incapable folklorique d’extrême droite qui voulait réécrire l’histoire comme un bon réactionnaire. Maintenant, en tant que chef de l’exécutif démocratiquement élu, les choses changent. Il ne s’agit pas seulement de révisionnisme historique vagabond. C’est pire que cela. C’est le chef des Forces armées qui encourage les subordonnés à commémorer un acte qui a déchiré la Constitution et ouvert la voie aux atrocités commises par l’État contre son peuple. Il utilise un pouvoir accordé par la démocratie pour l’attaquer. Si Bolsonaro décide que les militaires doivent faire l’éloge de la date à laquelle le régime démocratique a été tué, quelles garanties avons-nous qu’il ne pourra en être de même au cours de son mandat ? Aucune.

La façon dont le bolsonarisme a débuté son mandat, créant des conflits systématiques avec d’autres pouvoirs constitués, rend tout encore plus inquiétant. De quoi sera-t-il capable s’il devient la cible d’un processus de destitution ? Les motifs juridiques existent déjà, seules les motivations politiques font encore défaut.

Bolsonaro a montré qu’il n’a pas suivi les règles depuis qu’il était lieutenant et qu’il a déjà commis plus d’un crime de responsabilité en seulement trois mois au gouvernement. Le fait que la direction militaire ne semble pas disposée à se lancer dans sa folie autoritaire est un facteur atténuant, d’autant plus que le général Mourão assumerait la présidence en cas de destitution, mais qui garantit que ce scénario ne va pas changer ?



Traduit par le collectif Investig’Action. Reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur. Tous droits réservés.

Source : The Intercept_Brasil

Nenhum comentário:

Postar um comentário