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VENEZUELA. L’AIDE HUMANITAIRE, CHEVAL DE TROIE DES ÉTATS-UNIS

Le marché La Parada, côté colombien du pont international Simon-Bolivar. Raul Arboleda/AFP

Washington dépêche du matériel à la frontière du Venezuela pour un montant dérisoire au vu des sanctions qu’il a adoptées contre ce pays. L’autoproclamé Juan Guaido, qui n’écarte pas une intervention étrangère, fait pression sur l’armée.


De l'Humanité, 11/02/2019


Sur le pont Simon-Bolivar, rien à signaler. Vénézuéliens et Colombiens poursuivent un va-et-vient tranquille, normal. Cet axe économique, qui relie l’État de Tachira à la ville colombienne de Cucuta, est pourtant devenu un lieu névralgique depuis l’autoproclamation, le 23 janvier, de Juan Guaido comme président intérimaire du Venezuela. La principale voie terrestre entre les deux pays est en effet pressentie pour être l’un des points de livraison de l’aide humanitaire affrétée par les États-Unis afin d’apporter un soutien décisif à leur poulain. Faute de légitimité et de légalité, le président de l’Assemblée nationale, catapulté sur le devant de la scène par Washington, cherche à se tailler l’image d’un sauveur dans un pays aux abois sur le plan économique, en raison d’une hyperinflation qui handicape le quotidien de la population.

La crise est réelle mais l’aide humanitaire l’est-elle autant ? « Il y a beaucoup d’antécédents. Les armes de destruction massive ont été à l’origine de la guerre d’Irak, et il n’y avait pas d’armes de destruction massive. Et si, ici, la crise humanitaire n’était pas celle décrite pas les États-Unis et si, après l’aide, les fusils venaient ? » s’est interrogé le ministre uruguayen des Affaires étrangères, Nin Novoa, au micro de la radio En perspectiva. On rappellera que, dans les années 1980, l’aide humanitaire « made in USA » envoyée au Nicaragua était essentiellement composée d’armes à feu à destination des contre-révolutionnaires de la Contra en guerre contre les sandinistes. À la tête des mercenaires de Washington, à l’époque : Elliott Abrams, l’actuel émissaire spécial de Donald Trump au Venezuela…
Des sanctions imposées par l’Amérique d’Obama et l’Europe

Il y a quinze jours, le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a annoncé qu’il débloquait la somme de 20 millions de dollars en vue de soulager la population. « Un show médiatique », aux yeux du président vénézuélien, Nicolas Maduro. Actuellement, les autorités socialistes importent tous les mois 6 millions de colis contenant des produits de première nécessité, que les comités locaux d’approvisionnement et de production (Clap) distribuent dans tout le pays. Le fonds dégagé par Washington équivaut, à quelque chose près, à 800 000 colis. « Libérez l’argent que vous nous avez bloqué et séquestré. C’est un jeu macabre : on vous serre le cou et on vous fait demander des miettes. (…) Si vous voulez aider le Venezuela, il faut que le blocus cesse, qu’ils libèrent les comptes bancaires », exhortait samedi le président socialiste.

Depuis 2014, les mesures de rétorsion décidées par l’administration Obama et l’Union européenne ont handicapé l’économie vénézuélienne, qui, dans le même temps, a vu ses deniers fondre avec la chute des cours des hydrocarbures, alors que le pays dépend à 96 % des revenus pétroliers. À la suite de l’autoproclamation de Juan Guaido, Washington a gelé 7 milliards de dollars de la compagnie pétrolière PDVSA, via sa filière états-unienne Citgo. La Banque d’Angleterre retient 1,2 milliard de dollars en or dans ses coffres, propriété de l’État vénézuélien. Quant à Euroclear, une société internationale de dépôt et de livraison pour les obligations, actions et fonds d’investissement, dont le siège est à Bruxelles, elle bloque pas moins de 1,7 milliard de dollars pourtant destinés à l’achat d’aliments et de médicaments par Caracas. « Nous faisons un appel à nos alliés et partenaires pour qu’ils s’unissent aux États-Unis afin de reconnaître Guaido et empêcher que Maduro puisse accéder à des fonds », insiste Steven Mnuchin, le secrétaire d’État au Trésor, dans une déclaration explicite sur la stratégie de la Maison-Blanche. Fort de ce soutien, l’autoproclamé n’exclut pas le recours à une intervention étrangère. « C’est une question évidemment très polémique, mais en faisant usage de notre souveraineté, en exerçant nos prérogatives, nous ferons le nécessaire », a assuré Juan Guaido à l’AFP. Il a, une nouvelle fois, appelé les militaires à lâcher Nicolas Maduro, en promettant l’amnistie à quiconque rejoindrait son camp. Jusqu’ici, à l’exception de deux hauts gradés, les forces armées sont restées loyales au président Maduro, et veillent aux frontières.

Cathy Dos Santos
STATU QUO DIPLOMATIQUE

Rififi

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