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Brève revue de la presse française sur le Brésil


Por Christian Laval, 15 de Outubro, 2018
Christian Laval, doutor em sociologia, é membro do GÉODE (Groupe d’étude et d’observation da démocratie, Paris X Nanterre/CNRS) e do Centro Bentham


Les articles sur la situation brésilienne dès avant le premier tour du 7 octobre se sont multipliés dans la presse française. Cette relative abondance d’articles tranche avec la rareté habituelle des journaux sur le sujet. La tonalité actuelle des artciles est généralement très hostile au candidat Bolsonaro, et ceic bien au-delà de la presse de gauche. On pouvait craindre qu’un trop habituel suivisme par rapport à la presse brésilienne ou aux autorités politiques et judiciaires du Brésil ne viennent cautionner la rhétorique anti-corruption du candidat. En effet, lors du golpe parlementaire d’avril 2016 comme lors du procès de Lula et de son emprisonnement, les journalistes n’ont pas analysé les mécanismes pervers qui ont dévoyé de l’intérieur l’État de droit et l’institution judiciaire. Cette inhibition a ainsi montré la redoutable efficacité du double golpe politique et judiciaire sur la scène internationale.

La presse de gauche ou de centre gauche a assez bien informé le lectorat sur les dangers que Bolosonaro représente pour la démocratie brésilienne. Pratiquement aucun organe de presse n’a donné une appréciation positive sur sa personnalité, son style et son programme. Au contraire, le ton général est qu’il est une menace pour la démocratie ou la république. C’est par exemple le sens de l’éditorial pour Le Monde de Thomas Piketty
https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/10/13/thomas-piketty-au-bresil-la-republique-menacee_5368820_3232.html

Il faut cependant noter les embarras de la presse économique au service des intérêts du capital, comme les Echos, qui prend acte de la réaction très positive des investisseurs à la suite du premier tour

https://investir.lesechos.fr/marches/actualites/le-real-bresilien-en-hausse-apres-la-qualification-de-jari-bolsonaro-pour-le-second-tour-de-la-presidentielle-1796933.php

L’un des aspects les plus importants qui ont fait comprendre le danger que représentait Bolsonaro est la série de meurtres et d’agressions au Brésil contre des électeurs de Haddad, les femmes et les homosexuels.

http://www.lefigaro.fr/international/2018/10/14/01003-20181014ARTFIG00136-bolsonaro-enflamme-les-extremistes.php

https://www.lemonde.fr/ameriques/article/2018/10/11/au-bresil-le-triomphe-attendu-de-bolsonaro-dechaine-les-violences-homophobes_5367697_3222.html

Ces derniers jours, les propos de Haddad à l’Agence France Presse qui expliquait que Bolsonaro incitait à la violence ont eu de grands échos dans la presse.

https://www.youtube.com/watch?v=e13et8TFJto

https://www.letelegramme.fr/monde/bresil-la-charge-de-haddad-contre-bolsonaro-14-10-2018-12105609.php

La presse a parfois tendance à voir en Bolsonaro un « Trump tropical », touche d’exotisme. qui atténue le danger qu’il peut représenter. Mais l’Obs a souligné de son côté les différences entre les deux hommes dans un article intitulé :

« Jair Bolsonaro est-il vraiment le Trump brésilien? » https://www.nouvelobs.com/topnews/20181010.AFP7353/jair-bolsonaro-est-il-vraiment-le-trump-bresilien.html

A la droite extrême, certains y voient quand même un modèle, mais sont un peu gênés par les « outrances » du candidat. Ainsi l’article du très droitier magazine Valeurs actuelles : « Présidentielle au Brésil : le populiste Bolsonaro aux portes du pouvoir »

https://www.valeursactuelles.com/monde/presidentielle-au-bresil-le-populiste-bolsonaro-aux-portes-du-pouvoir-99611

Une anecdote : Marine Le Pen a pris ses distances avec Bolsonaro en mettant ses propos racistes, homophobes et misogynes sur le compte de la « culture brésilienne » ! Et elle a même déclaré qu’elle ne voyait pas en quoi Bolsonaro était d’extrême droite…

https://www.bfmtv.com/politique/marine-le-pen-ne-voit-pas-ce-qui-fait-de-bolsonaro-un-candidat-d-extreme-droite-1542150.html

Cela est lié aussi au refus de Le Pen de se laisser soumettre à « l’internationale nationaliste » qu’essaie de mettre sur pied Steve Bannon avec sa fondation européenne The Mouvement.

Il est donc à remarquer que Bolsonaro n’a pas de soutien explicite à droite ni même à l’extrême droite. Juste une tentative de « récupération » par analogie, en laissant croire que le succès de Bolsanoro tient à la corruption du « système » et à l’échec de la gauche, et que son succès pourrait se reproduire en France et dans le reste de l’Europe.

http://www.lefigaro.fr/international/2018/10/05/01003-20181005ARTFIG00220-bresil-jair-bolsonaro-un-nostalgique-de-la-dictature-militaire.php



Le programme de Bolsonaro intrigue beaucoup les journalistes. Le Monde cherche sa signification.

https://www.lemonde.fr/ameriques/article/2018/10/09/bresil-le-flou-et-la-fureur-du-programme-de-jair-bolsonaro_5366731_3222.html

Ce caractère vague du programme explique que l’on rencontre deux qualifications différentes de Bolsonaro. Pour les uns, il participe d’une « vague populiste » mondiale. Le terme de populisme est très utilisé en France pour désigner des processu et des forces politiques très différentes, mais qui ont en commun de s’opposer au « système » ou aux « élites ». La relation est souvent faite avec l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite en Italie.

La presse de gauche a de son côté de plus en plus lié le « phénomène Bolsonaro » à la montée générale du nationalisme, de la xénophobie, et même du fascisme. C’est le choix d’une mise en perspective large et d’une analyse politique plus en profondeur. Avec notamment une insistance sur le soutien du capitalisme financier, comme dans cet article de l’Humanité intitulé « VAGUE BRUNE : LA FINANCE SE DÉLECTE... »

https://www.humanite.fr/article-sans-titre-661999?fbclid=IwAR2yCuPIKTMKLhisJdWiVnUoCZtqDQ0HAXoUnk3D-lyzcIASOafkGPYWoNA

Si parfois la spécificité brésilienne disparaît, certains textes au contraire ont permis de replacer l’ascension de Bolsonaro dans le contexte brésilien, notamment celui de Frédéric Vandenberghe et de Jean-François Véran, tous les deux enseignants à l’UFRJ, publié par Libération. : « Brésil: la fin de la nouvelle République (1985-2018) » https://www.liberation.fr/debats/2018/10/12/bresil-la-fin-de-la-nouvelle-republique-1985-2018_1684703



Un des aspects sur lesquels des medias sont revenus, est l’impact d’une victoire de Trump sur l’environnement, et donc sur le monde. Un spécialiste de l’écologie a fait une tribune assez éloquente, rapprochant Trump et Bolsonaro , adeptes d’un « carbo-fascisme »

https://www.liberation.fr/planete/2018/10/10/bolsonaro-trump-vers-un-carbo-fascisme_1684527

Sur le même thème des analyses plus précises ont été présentées dans certains journaux en ligne comme celui de Libération sur les projets de Bolsonaro en Amazonie : « Quel est le programme de Jair Bolsonaro pour l’Amazonie ? »

https://www.liberation.fr/checknews/2018/10/12/quel-est-le-programme-de-jair-bolsonaro-pour-l-amazonie_1684630

Enfin le mouvement de résistance de la société brésilienne n’a pas été oubliée, notamment les manifestations des femmes avant le premier tour.

https://www.lemonde.fr/ameriques/article/2018/10/02/au-bresil-le-rempart-des-femmes-contre-bolsonaro_5363180_3222.html

Il y a peu de choses par contre sur la campagne de Haddad et sur les possibilités d’un résultat qui lui serait favorable le 28 octobre.

A noter : un grand dossier de la revue Contretemps (en ligne) sur l’Amérique latine, avec la reprise de très nombreux articles anciens.

https://www.contretemps.eu/dossier-amerique-latine/

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