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Au Brésil, vaincre le stratagème bolsonaro



Do Investig´Action, 10 Outubro, 2018
Por ALEX ANFRUNS



Le Brésil traverse un moment historique décisif, mais le coup d’État a déjà eu lieu en 2016 avec le limogeage de Dilma. Pas de quoi s’étonner, empêcher Lula d’être candidat était la voie logique vers l’extrémisme.

Après s’être débarrassé de l’obstacle que représentait le PT et son candidat, qui ont sorti 30 millions de Brésiliens de la pauvreté en quelques années, il fallait consolider un système politique aux bases sociales très fragiles. La phase actuelle consiste donc à former un nouveau gouvernement encore plus antidémocratique que celui de Temer ! Comment ? En le légitimant à travers les règles de la démocratie formelle. Et notamment grâce à l’ingérence étasunienne. En effet, la stratégie électorale de Jair Bolsonaro a pu compter sur les bons conseils de Steve Bannon, qui ne l’oublions pas est l’un des responsables de l’affaire Cambridge Analytica ayant permis l’élection de Donald Trump. Face à un tel engrenage médiatique et de fake news, dénoncer la menace d’un fasciste brésilien, “le nouvel Hitler”, ne suffit pas. Le dernier message de Lula depuis sa cellule “dans le conflit entre civilisation et barbarie, chacun doit choisir son camp”, n’a pas eu l’effet escompté au premier tour de l’élection présidentielle. Le souvenir de la dictature est lointain pour le peuple brésilien…

En fait, le processus que connaît le Brésil depuis des années, avec le rôle trouble du juge Sérgio Moro dans l’Opération Lava Jato, la destitution de Dilma, l’emprisonnement de Lula et la stratégie électorale de Bolsonaro, a le même fil conducteur : la perte de la souveraineté nationale d’un pays stratégique et l’ingérence des États-Unis pour revenir dans leur sphère d’influence. Il s’agit également de contrecarrer l’intégration régionale développée par la décennie de gouvernements progressistes et concrétisée par des institutions telles que la CELAC ou l’UNASUR. Selon Manuel Pichardo, écrivain dominicain et ancien président du Parlement d’Amérique centrale (PARLACEN), il y a quelques années la droite latino-américaine a lancé le “Plan d’Atlanta” visant à mettre fin à la carrière de leaders progressistes tels que Glas ou Lula, médiatisant des accusations de corruption et des procédures judiciaires. Les nouveaux coups d’État “en douce” doivent être affrontés par les peuples en faisant appel à leur créativité. Comme le disait José Marti, à leur plan il faut leur opposer un autre plan.

Maintenant que l’heure du 2ème tour approche, le peuple brésilien doit choisir entre deux Brésils : celui d’en bas, avec la reconstruction de la souveraineté populaire, le développement économique et la protection des droits sociaux. Ou celui d’en haut, avec les “Privatizações, concessõ e e desmobilizações. Tinha pour vendre du tudo” (privatisations, concessions et démobilisations. Nous avons tout à vendre”), comme l’a déclaré le conseiller économique de Bolsonaro, Paulo Guedes, à Chicago.



Source : Le Journal de Notre Amérique (à paraître)

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