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Gaza. Aucun siège ne brise l’esprit de résistance

Do Alencontre,17 de Julho, 2018
Por Gideon Levy



Sans la bande de Gaza, l’occupation [israélienne] aurait été oubliée depuis longtemps. Sans la bande de Gaza, Israël aurait oblitéré le problème palestinien de son ordre du jour et poursuivi allègrement ses crimes et ses annexions, bref, sa routine, comme si 4 millions de personnes ne vivaient pas sous sa botte. Sans la bande de Gaza, le monde aurait aussi oublié. La majorité du monde l’a déjà fait. C’est pourquoi nous devons saluer la bande de Gaza – avant tout l’esprit de la bande de Gaza, qui seul insuffle encore de la vie à la cause désespérée et perdue de la lutte palestinienne pour la liberté.

La lutte déterminée de la bande de Gaza devrait également susciter de l’admiration en Israël. Les rares personnes en Israël qui ont encore une conscience devraient être reconnaissantes à l’égard de l’esprit inébranlable de la bande de Gaza. L’esprit de la Cisjordanie s’est effondré après l’échec de la seconde Intifada [2000-2006], tout comme l’esprit du camp de la paix israélien – dont la plupart des membres étaient brisés depuis longtemps. Seul l’esprit de la bande de Gaza reste inébranlable dans sa lutte.
Les personnes qui ne veulent pas vivre éternellement dans un pays funeste doivent respecter ces braises que les jeunes de la bande de Gaza tentent encore d’attiser. Sans les cerfs-volants portant des flammes, les roquettes Qassam, les Palestiniens auraient été totalement effacés de la conscience de tout le monde en Israël. Seuls la Coupe du monde et l’Eurovision [remporté par une chanteuse israélienne Netta Barzilai] pourraient encore susciter un intérêt. S’il n’y avait pas ces champs calcinés dans le sud [territoires occupés avoisinant la bande de Gaza], un énorme drapeau blanc flotterait désormais non seulement sur la bande de Gaza, mais aussi sur tout le peuple palestinien. Les personnes à la recherche de la justice, y compris en Israël, ne peuvent pas souhaiter une telle soumission.

Il peut sembler difficile, voire impertinent, d’écrire ces mots depuis Tel-Aviv, cette ville paisible et sûre, alors qu’une nuit de veille cauchemardesque a été vécue dans le sud, mais tous les jours et toutes les nuits sont bien plus difficiles dans la bande de Gaza, qui subit la politique inhumaine d’Israël, politique soutenue par la plupart de ses citoyens, y compris ceux qui vivent dans le sud du pays. Ces derniers ne méritent pas d’assumer ce fardeau, mais chaque lutte impose un prix à des victimes innocentes, même si nous ne souhaitons pas qu’elles soient blessées. N’oublions pas que seuls des Palestiniens sont tués. La 139e victime des tirs israéliens le long de la frontière est décédée samedi 15 juillet. Il avait 20 ans. Vendredi, c’est un garçon de 15 ans qui a été tué. La bande de Gaza paie un terrible prix du sang. Cela ne l’empêche pas de persévérer. 

C’est son esprit. On ne peut que l’admirer.

Aucun siège n’a brisé l’esprit de la bande de Gaza. Les malfaisants de Jérusalem ont fermé le poste frontière de Kerem Shalom, mais Gaza continue à tirer. Des membres perfides du complexe gouvernemental Kirya à Tel-Aviv [au centre de la ville] empêchent [avec cette fermeture] les jeunes de recevoir des soins médicaux en Cisjordanie, soins qui pourraient les préserver d’avoir les jambes amputées [les tirs des snipers visent, entre autres, les jambes].

Depuis des années, ils empêchent les patients atteints de cancer, y compris des femmes et des enfants, de recevoir un traitement qui pourrait leur sauver la vie. Seules 54% des demandes de quitter la bande de Gaza pour des raisons médicales ont été approuvées l’année dernière, contre 93% en 2012. C’est cruel. Il faut lire la lettre écrite en juin 2018 par 31 oncologues israéliens qui appelaient à cesser de maltraiter des femmes de Gaza atteintes d’un cancer, malades dont les demandes de permis de sortie prennent des mois à être traitées, ce qui scelle leur destin.

Les 31 roquettes tirées sur Israël depuis la bande de Gaza vendredi soir [14 juillet] constituent une réponse assez modérée à ces mesures cruelles. Elles ne sont qu’un rappel muet du sort de la bande de Gaza, un message adressé à ceux qui pensent que 2 millions de personnes peuvent être traitées de la sorte pendant plus de dix ans, tout en continuant de faire comme si de rien n’était.

La bande de Gaza n’a pas le choix. Le Hamas non plus. Toute tentative de rejeter la responsabilité de la situation [bombardement de Gaza] sur cette organisation – que je souhaiterais pour ma part plus laïque, plus féministe et plus démocratique – n’est qu’une tentative d’esquiver sa propre responsabilité. Ce n’est pas le Hamas qui a verrouillé la bande de Gaza et ce ne sont pas non plus les habitants de la bande de Gaza qui se sont enfermés eux-mêmes. C’est Israël (et l’Egypte) qui l’a fait. Toute tentative hésitante de la part du Hamas de faire des progrès dans ses relations avec Israël rencontre immédiatement un refus automatique de la part d’Israël. Le monde non plus n’est pas disposé à communiquer avec eux, allez savoir pourquoi.

Il ne reste donc que les cerfs-volants, ce qui a conduit à une autre série de bombardements impitoyables de la part d’Israël, qui officiellement ne le souhaite évidemment pas! Mais quel choix s’offre la bande de Gaza? Hisser un drapeau blanc de capitulation sur ses palissades, comme celui hissé par les Palestiniens de Cisjordanie? Ou rêver d’une île verdoyante au large de la Méditerranée, que le ministre israélien des transports, Yisrael Katz, construirait pour eux? La lutte est la seule voie qui leur reste, une voie qui doit être respectée, même si vous êtes un Israélien qui pourrait en être la victime. (Article publié sous la rubrique «Opinion» dans le quotidien Haaretz, en date du 15 juillet 2018)

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