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Football, patriotisme révolutionnaire et anti-impérialisme (seconde partie)

Do Investig´Action, 24 Julho, 2018


Loin du football industriel et dominé actuellement par l’idéologie de l’argent divinisé, voici deux épisodes de la culture de la résistance aujourd’hui. 2ème partie : l’époque contemporaine

Au début de mai 2016, l’UEFA reconnaît le Kosovo (province serbe) comme son 55ème membre. Les Delije, les ultras du FK Crvena Zvezda (club de football l’Etoile Rouge de Belgrade) réagissent rapidement. Ils font monter, dans le stade de leur club favori, une chorégraphie où on voit le drapeau serbe avec la carte du Kosovo au milieu. Pourquoi ? Mais c’est parce que le Kosovo est, à la base, une province brutalement arrachée à la Serbie par l’agression militaire de l’OTAN en 1999. La Serbie faisait encore partie de la Yougoslavie à l’époque, et les puissances impérialistes avaient décidé de liquider cet état, « coupable » à leurs yeux d’être attaché à sa souveraineté nationale, à une politique de développement économique autocentrée (et donc en dehors de l’orbite du FMI et de la Banque Mondiale), « coupable » à leurs yeux de refuser de brader son économie et ses ressources énergétiques aux multinationales et aux grandes puissances occidentales .

Les Etats-Unis, premier pyromane de conflits au monde, voulait détruire le nom même de Yougoslavie, nom à la forte charge symbolique, le pays de la fraternité et de l’unité (Bratstvo i Jedinstvo, en serbo-croate). Le projet impérialiste occidental s’est concrétisé en 2006 lorsque le Monténégro se sépare de la fédération de Serbie-Monténégro (dénommé jusqu’en 2003 République Fédérale de Yougoslavie) et déclare son indépendance «dans le but stratégique d’intégrer l’Union Européenne et l’OTAN ». « Joli » projet de « libération nationale » présenté par le parlement monténégrin !

Revenons aux fervents supporters de l’Etoile Rouge de Belgrade, club fondé en 1945 par des membres de l’union de la jeunesse antifasciste serbe. Souvent durant les matchs de championnat et de la coupe d’Europe, les supporters de l’Etoile Rouge scandent d’une seule voix : Kosovo je Srbija (Le Kosovo c’est la Serbie) et ils insultent l’UEFA, parce qu’elle reconnaît une entité politique fantoche, occupée par les forces armées de l’OTAN (principalement américaines) pour ses ressources énergétiques et sa situation géostratégique.

Le Kosovo abrite actuellement la deuxième plus grande base militaire américaine en Europe. Annexée par l’Italie fasciste durant la deuxième guerre mondiale puis libérée par l’armée de libération nationale Yougoslave, la province du Kosovo est actuellement sous tutelle américaine et est même devenue une plaque tournante du trafic de drogue et de la prostitution en Europe.

Les forces armées de l’OTAN terroriste ont bombardé en 1999 la Serbie Yougoslave et sa capitale, Belgrade, sous couvert d’ « intervention humanitaire pour protéger les albanais du Kosovo d’un nettoyage ethnique», tout comme ils ont plus tard utilisé l’alibi « humanitaire » pour bombarder Bagdad en 2003, pour « installer la démocratie en Irak et libérer les irakiens de la tyrannie ». Tout comme ils ont employé le prétexte « humanitaire » pour bombarder la Libye en 2011, afin de soutenir « l’opposition libyenne démocrate ».

Les troupes de l’OTAN ont bombardé des quartiers, des écoles, des hôpitaux, des centres de santé, des usines (dont l’usine d’automobiles Zastava à Kragujevac, où plus de 100 ouvriers ont trouvé la mort). Zastava était l’un des fleurons de l’industrie Yougoslave. Les supporters serbes du Crvena Zvezda n’ont pas oublié les victimes des crimes de l’OTAN et c’est pour cela qu’ils insultent dans les tribunes cette organisation du crime international par le slogan « Fuck fuck NATO pact ! », en effet, la mission de l’OTAN est de briser, par des moyens terroristes, tout état farouchement attaché à son indépendance politique, économique et culturelle.

Les supporters serbes du Crevna Zvezda, un des deux grands clubs populaires de Serbie (en compagnie du Partizan Belgrade) et l’une des fiertés de l’ex football yougoslave, se souviennent des milliers de civils massacrés par les bombardements aériens de l’OTAN en 1999, sur Belgrade et sur d’autres villes serbes. Les chants puissants des supportes de l’Etoile Rouge de Belgrade s’inscrivent dans un travail de préservation de la mémoire collective et traduisent les sentiments patriotiques de la majorité du peuple Serbe et son opposition à l’impérialisme occidental.


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Le football est l’un des fronts sur lesquels lutte actuellement (et énergiquement) le peuple Palestinien contre les sionistes qui l’ont dépossédé de sa terre il y a de cela 70 ans. Les Israéliens poursuivent aujourd’hui leur campagne de nettoyage ethnique des palestiniens et des confiscations des terres palestiniennes pour y implanter des colonies, Cette campagne terroriste s’est faite avec le concours et la bénédiction de l’impérialisme britannique hier et se fait aujourd’hui avec le soutien et la bénédiction de l’impérialisme américain.

Les joueurs de l’Equipe nationale Palestinienne jouent pour clamer au monde entier que la Palestine existe, que le peuple Palestinien continue sa résistance, pour la Libération Nationale, parce que les israéliens, justement, aspirent à rayer la Palestine de la carte et nient même l’existence d’une Nation Palestinienne. Cela nous rappelle les méthodes du colonialisme espagnol en Amérique latine, du colonialisme britannique en Afrique du Sud et en Amérique du Nord, et du colonialisme français en Algérie autrefois. C’est dans ce but que les soldats de l’armée d’occupation israélienne assassinent, emprisonnent ou estropient des footballeurs palestiniens, bombardent les stades de foot où jouent les palestiniens.

Pour rappel : en 2012 l’armée de l’air israélienne a bombardé et partiellement démoli le Palestine International Stadium à Gaza, le stade où jouent les clubs de foots palestiniens le Ahli Gaza et le Hilal Gaza, sous prétexte que l’enceinte du stade serait « utilisée pour lancer des roquettes vers Jérusalem et Tel-Aviv » d’après le porte-parole de l’armée israélienne. Et les israéliens ne se sont pas arrêtés là : en avril 2018, Mohammed Khalil, joueur dans l’équipe de Al Salah FC, a eu son genou brisé par le tir d’un sniper israélien, ce qui a brutalement mis fin à sa carrière de footballeur.

Mohammed Khalil participait à Gaza à une des nombreuses marches du retour initiée cette année par le peuple Palestinien, pour commémorer la Nakba de 1948. Israël, invention du sionisme et agent dans la région du Moyen-Orient de l’impérialisme américain (et occidental en général) a, comme toujours, opté pour le bain de sang, pour le terrorisme. Les soldats de l’armée israélienne sont coupables du meurtre de plus d’une centaine de civils palestiniens pendant ces manifestations, dans une tentative désespérée de mettre fin à l’esprit résistant des palestiniens. Attallah Fayoumi, footballeur palestinien de 17, est un autre exemple de la barbarie sioniste. Attallah a eu sa jambe amputée après avoir été la cible d’un sniper israélien pendant une manifestation palestinienne à Gaza.

Le football est un puissant élément de la personnalité nationale palestinienne et un ciment pour rassembler les palestiniens, où qu’ils soient, autour de leur lutte pour l’indépendance et de l’esprit patriotique révolutionnaire. Le football a souvent été, dans le siècle passé, un des maillons forts de la stratégie de combat employée par des mouvements de libération nationale anticolonialistes et anti-impérialistes, en Afrique et en Europe du Sud.

Les joueurs de l’équipe nationale palestinienne de football portent, quand ils disputent un match international, le flambeau de la résistance palestinienne. Les clubs du championnat palestinien de foot, participent, eux aussi, à ce grand mouvement de résistance. Pour dire aux colonisateurs israéliens, à chaque match joué, que la Palestine existe toujours et que le peuple Palestinien ne se mettra pas à genoux. La lutte continue !



Références :

-Edward W. Said, A contre-voie : mémoires, Le Serpent à Plumes, Paris, 2002.
-https://resistance71.wordpress.com/tag/crimes-de-guerre-otan-serbie-yougoslavie-1999/
-https://fr.sputniknews.com/international/201503251015336847/
-https://fr.sputniknews.com/international/201603291023755707-base-americaine-kosovo-visite/
-https://thetruthspeaker.co/2017/03/24/natos-1999-bombing-of-yugoslavia-18-years-on-an-overview/
-http://www.academiedegeopolitiquedeparis.com/le-kosovo-et-les-couloirs-europeens/
-https://www.counterpunch.org/1999/06/15/who-nato-killed/
-http://www.crvenazvezdafk.com/scc/istorija
-https://www.footballgroundmap.com/ground/palestine-international-stadium/hilal-gaza
-https://www.lematin.ch/sports/depeches/fifa-reconstruire-stade-gaza-bombarde-israel/story/13212873
-https://www.lemonde.fr/football/article/2016/05/03/football-le-kosovo-devient-le-55e-membre-de-l-uefa_4912953_1616938.html
-https://www.middleeastmonitor.com/20180425-palestinian-teen-footballer-loses-leg-after-being-shot-by-israel-sniper/
-https://www.mirror.co.uk/news/world-news/young-palestinian-footballer-shot-through-12329005
-https://www.nouvelobs.com/monde/20060604.OBS0307/le-montenegro-proclame-son-independance.html
-https://www.youtube.com/watch?v=ijry2N7KJEg&t=87s
-https://www.youtube.com/watch?v=LkFKyYCE9x0
-https://www.youtube.com/watch?v=YMdfafL8v0k
-https://www.youtube.com/watch?v=fqFoxfvPKcg
-https://www.youtube.com/watch?v=b3h72lJ07Rs
-www.europalestine.com/spip.php?article10449&lang=fr



Ecrivain algérien, Mohamed Walid Grine est professeur de traduction et d’histoire de la traduction à l’Université d’Alger II. Il est également co-fondateur du blog algérien El Marto Sosyal.

Source: Investig’Action

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