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Elaine Brown: “Le mouvement féministe aux États-Unis est dominé par des idéaux bourgeois blancs”

Do IHU, 30 Julho, 2018 
Por MARIA COLERA INTXAUSTI


Elaine Brown a présidé le parti des Panthères Noires entre 1974 et 1977. Elle est l’auteur de son autobiographie “Un Goût du pouvoir : L’Histoire d’une femme noire”* et se consacre actuellement à la lutte contre le complexe pénitentiaire industriel des États-Unis. Interview.

Vous dites que « notre objectif était d’arriver à libérer les noirs et non d’assurer l’égalité face à la loi, ce qui sous entendait l’acceptation du système tel qu’il était ». Comment évaluez-vous dans ce sens le mouvement Black Lives Matter?

Je commencerai par me demander de quoi il s’agit. Est-ce que c’est un mouvement ? Je n’ai pas l’impression que c’ en soit un. Je pose cette question partout autour de moi et les gens se fâchent mais j’ai l’impression qu’ils ne sont pas en train de faire grand chose. Je n’arrive pas à saisir comment on peut l’appeler “mouvement”. Qu’est-ce qui nous fait penser que ce hashtag ait évolué au point de devenir un mouvement ? Malgré le fait qu’on puisse le qualifier d’une initiative organisée, que font réellement ses partisans? Quel est leur objectif? La majorité d’entre eux ont appuyé Hillary Clinton. Comment peut-on être noir et appuyer Hillary Clinton?
Cela avait commencé comme une initiative dénonçant la brutalité policière, rien de plus. Après, ça a évolué vers des slogans tels que “Mains en l’air! Ne tirez pas!”. Réflexion on ne peut plus révolutionnaire, n’est-ce pas ? Je constate qu’il n’y a aucune réflexion sur les questions liées aux changements fondamentaux, aucun agenda et qu’aucune action n’est effectuée dans ce sens.

En suivant le même raisonnement, que pensez-vous du féminisme libéral?

Le mouvement féministe aux États-Unis est dominé par des idéaux bourgeois blancs. On vous parle de droits reproductifs tout en oubliant de mentionner que la si honorable Margaret Danger, à qui l’on doit la planification familiale, était réellement eugéniste, partisane de l’élimination de certaines populations et que les premières cliniques d’interruption de grossesse ont été justement ouvertes à Harlem.

D’un autre côté, lorsque ces féministes parlent de briser le plafond de verre, ce qu’elles veulent dire réellement c’est qu’elles veulent participer au monde des affaires et disposer de l’égalité qui leur permettra d’opprimer dans les mêmes conditions, entre autres, d’autres femmes.

De la même manière, vous ne trouverez dans ce mouvement pratiquement aucune femme noire ou latine. En pratique, il s’agit d’un mouvement de femmes blanches et ce fût le cas au niveau de la première vague, la deuxième et la troisième.


Quoi qu’il en soit, ne croyez-vous pas qu’il existe en effet des droits pour lesquels nous les femmes actives devons lutter?

Évidemment. Je considère qu’il y a effectivement certaines questions qui touchent particulièrement les femmes pauvres et les femmes noires et latines, et je crois que ces questions doivent être abordées comme des problèmes touchant l’ensemble des femmes. Les femmes noires représentent le collectif le plus pauvre dans le monde et en Afrique subsaharienne par exemple, les femmes noires sont encore plus pauvres que les hommes. Mais personne ne parle de ces femmes-là, tout comme aux États-Unis, personne ne parle des femmes pauvres qui s’occupent de leurs enfants.

On constate ainsi que ce que font beaucoup de féministes c’est imposer leur style de vie et leurs valeurs bourgeoises puisqu’elles considèrent qu’elles sont justes et que ce sont elles qui doivent définir ce qu’on veut et ce dont on a besoin. Ceci se reflète clairement dans la Réforme de l’Assistance Sociale approuvée par Bill Clinton qui pénalise les femmes pauvres. Les gens ont voté pour parce qu’ils pensaient que cela affecterait uniquement les femmes noires. Or il se trouve que la majorité des personnes qui vivent de l’assistance sociale sont en fait des femmes blanches, eu égard à leur poids démographique.

Avec cette réforme, Clinton a imposé un agenda néolibéral d’un niveau tel que même George Bush n’aurait espéré atteindre. Il a également considéré qu’un des problèmes de la communauté noire était le grand nombre de mères célibataires. Ils se sont mis à individualiser les problèmes, tout en dissimulant la composante raciste, machiste, etc., et ils ont décidé de laisser plusieurs femmes sans accès aux aides sociales et ce sans la moindre opposition d’aucune organisation féministe. La conséquence de cette pénalisation fût de pousser ces femmes à faire des choses désespérées afin de pouvoir s’occuper de leurs enfants, tout en accentuant un peu plus leur pauvreté et celle de leurs enfants.

Où se situent les féministes par rapport à tout cela? Eh bien la plupart de leurs organisations se sont focalisées sur les questions LGBTQ, ce qui me paraît très bien, parce qu’on est toutes concernées par le fait qu’un groupe soit opprimé. Le problème c’est qu’avec elles, ceci se transforme en une question de style de vie.

Je crois que le plus important c’est de revenir aux questions essentielles qui préoccupent les femmes. Est-ce que le thème de l’égalité avec les hommes nous préoccupe? Eh bien moi je ne veux pas être l’égale d’un général qui passe son temps à tuer des gens en Afghanistan par exemple. Par contre, oui, je suis préoccupée si ma capacité de vivre est affectée par le fait que je sois une femme. Je suis préoccupée par le fait de ne pas avoir d’argent et de ne pas pouvoir m’occuper de mes enfants pour le simple fait d’être une femme. Les femmes noires gagnent moins que les femmes blanches et ces dernières moins que les hommes. C’est là où réside la clef du problème et on en parle pas, comme on ne parle pas non plus des femmes qui sont en prison… Ces féministes se limitent à parler de droits reproductifs et de briser le plafond de verre…

Qu’est-ce que vous pensez de l’initiative #MeToo (#Balancetonporc en français, NdR)?

Le mouvement #MeToo s’est transformé en une espèce d’aventure, un évènement hollywoodien où l’on voit des actrices en train de protester parce qu’on ne les a pas payées pareillement que leurs collègues masculins. Donc au lieu de recevoir deux millions de dollars, elles en ont reçu seulement un. Et pendant ce temps, elles n’ont formulé aucun demi mot à propos de ces femmes ordinaires qui luttent tous les jours pour pouvoir aller de l’avant. C’est ce qui est en train de dominer le discours, y compris autour du viol. Si le cas Harvey Weinstein a eu autant de répercussion, c’est parce que toutes les femmes qu’il a violées étaient blanches. C’est la même chose avec Bill Cosby et O.J. Simpson. Ce dernier n’aurait jamais été condamné s’il avait tué une femme noire au lieu d’une femme blanche. C’est clair que la vie des femmes blanches est beaucoup plus importante que celle des femmes noires.

Dans tous les cas, je dois dire que oui, je suis féministe. Comment est-ce que je pourrais ne pas l’être, étant moi-même une femme? Je suis opprimée en tant que femme, en tant que noire et en tant que pauvre. Il est vrai que mes besoins basiques sont satisfaits et que j’ai une vie digne mais je n’ai pas de contrôle sur les choses qui affectent ma vie en tant que femme, en tant que noire et en tant qu’être humain.

Et quelle était la position du Parti des Panthères Noires quant au féminisme ?

Le Parti a adopté une position très claire en ce qui concerne le mouvement de libération des femmes : il a considéré cette lutte comme la sienne propre, comme ce fût le cas également pour la libération des gays. Et il l’a fait non seulement en termes rhétoriques mais aussi en actes. La libération des femmes signifiait pour nous la conquête de la liberté pour définir son propre destin sans que la dépendance économique envers les hommes entre en compte.

Les féministes blanches avaient l’habitude de dire qu’une femme sans un homme est comme un poisson sans bicyclette, mais le véritable problème c’est que si tu n’as pas un homme ou si tu n’as pas d’argent, tu ne peux pas exister par toi-même. Dans tous les cas, la majorité des femmes que je connais ont assez d’argent pour pouvoir survivre et n’ont pas besoin d’un mari pour avoir un logement et s’occuper d’elles mêmes, de sorte qu’elles ne tolèrent aucun abus de la part d’un homme. C’est pourquoi je sais que cette question sociale est en réalité une question économique.

Vous avez dit que les noirs peuvent se libérer seulement à travers un changement radical du système. Maintenant qu’il semble y avoir une réaction généralisée contre les droits des personnes noires et latines, ceux des femmes, des migrants, etc., quel devrait être le chemin à suivre? Et quelle est la probabilité pour que les choses changent ?

Eh bien, on doit partir du constat que nous vivons dans un système d’exploitation économique. De la même façon, lorsque nous parlons d’immigration aux États-Unis, il faut commencer par le commencement: les États-Unis ont été fondés avec la colonisation anglaise de la Virginie qui a eu lieu à travers l’extermination des trente tribus indiennes qui y vivaient. Une fois ce territoire conquis, ils ont commencé à cultiver le tabac et le coton pour le vendre à la métropole. Mais pour ce faire, ils avaient besoin de main d’œuvre.

Comme ils ne pouvaient pas réduire les natifs à l’esclavage, lesquels préféraient se laisser mourir plutôt que de se soumettre – étant en plus sur leur propre territoire, ils pouvaient s’organiser et se rebeller – ils ont décidé de capturer des africains, de les mettre dans des bateaux et de les envoyer par millions aux États-Unis. Cela s’est fait durant 250 ans. Et comme l’a bien dit Marx, sans le coton et sans les esclaves qui le cultivaient, la révolution industrielle n’aurait pas été possible.

Le même système est encore en vigueur et si quelqu’un croit qu’il est possible de réaliser une réforme de la politique migratoire ou pénitentiaire alors que ce système demeure intact, c’est que cette personne ne veut vraiment rien tenter. Juste parler mais sans vraiment le faire. J’essaye d’en convaincre les jeunes avec lesquels je travaille tous les jours et je les encourage à ressusciter le parti des Panthères Noires. Je leur dis que je leur indiquerai ce qu’il faut faire. Est-ce qu’ils l’ont fait ? Non. Parce qu’ils ont peur, parce qu’ils sont paresseux et qu’ils tiennent à leur confort. Ils ont envie d’avoir une petite bourse pour aller à l’Université, une voiture, d’être capable de payer leur facture de téléphone, de sortir dîner à chaque fois qu’ils en ont envie..

Comme disait Marx, on doit être sans cesse critiques, analyser les conditions réelles dans lesquelles on vit et travailler à partir de ces mêmes conditions et non à partir de comment on aimerait qu’elles soient. Ceci ne signifie pas, par contre, que je n’ai pas d’espoir parce que je crois que les gens finissent toujours par choisir la vie à la mort même s’ils le font juste parce qu’ils sont affectés par ce choix et pas nécessairement pour des raisons d’ordre moral. Les gens ont un intérêt personnel à rester en vie. Et même s’ils n’en sont pas conscients, leur vie dépend de la mienne et vice versa. Dans tous les cas, nous les marxistes léninistes savons que si l’on maintient les gens opprimés, ils finiront par t’égorger. Donc, ce qui convient le mieux c’est de s’assurer que tous aient de la nourriture et un logement, qu’ils aient accès aux soins médicaux, à l’éducation et au reste des choses dont nous avons besoin. C’est après avoir obtenu tout cela, qu’ils songeront à construire une société interconnectée et solidaire.

C’est ce en quoi je garde espoir. Que les gens se rendent compte qu’on est dépendants, interdépendants et que nous faisons partie de la même planète, qu’on doit trouver des solutions pour que nous ayons tous accès à une vie digne. Sans cela, c’est la vie de tous sera en danger. Je ne dis pas que ça va arriver de mon vivant mais ça va forcément arriver.

À la différence d’autres mouvements politiques, les Panthères Noires ont donné beaucoup d’importance au lumpenprolétariat, d’où provenait une grande partie des militants, qu’on considérait comme “étant la faction la plus motivée aux États-Unis pour mener la révolution”. Le parti avait décidé de former et politiser ces personnes. Comment avez-vous fait pour “transformer la rage du ghetto en action révolutionnaire”?

Durant les vingt dernières années, j’ai travaillé avec des personnes qui étaient en prison ou qui en sont sorties. À mon avis, elles représentent le même groupe de personnes qui avait le plus grand potentiel pour se transformer en avant garde révolutionnaire. Je ne dis pas que les masses ne doivent pas être impliquées à un certain moment, mais tout le reste est connecté au système : ils ont un boulot ou en veulent un. Les premiers par contre ne veulent pas un boulot et on le sait parce qu’ils passent leur temps à vendre de la drogue ou à commettre des vols etc. Ils n’ont aucun lien avec le système. Ils ne l’aiment pas, ils n’aiment pas la police, ils ont pris des risques dans leur vie et ils ont un potentiel plus grand que celui d’une personne rangée qui va au boulot chaque jour et qui, à la sortie du boulot, rentre chez elle, regarde la télé et part en vacances à Disneyland.

D’un autre côté, je pense que Marx s’est trompé en considérant le lumpenprolétariat comme étant la racaille de la Terre parce qu’il avait de l’estime pour la classe ouvrière et considérait que les courageux étaient ceux qui travaillaient. Eh bien, celui qui vend de la drogue au coin de la rue dix huit heures par jour est aussi en train de travailler, mais ceci est une autre histoire. Ce que je veux dire par là c’est que je ne considère pas que les esclaves étaient une classe unique aux États-Unis composée uniquement de noirs. C’était une classe ouvrière à qui on ne payait pas de salaire. Et cette situation existe encore de nos jours. La majorité des Noirs, malgré le fait qu’ils aient un boulot, doivent faire d’autres choses pour compléter leur salaire puisqu’ils ne gagnent même pas suffisamment pour faire partie de la grande partie du prolétariat. Le fait qu’on nous ait laissé, nous les Noirs, en dehors des syndicats est aussi une question extrêmement importante. L’histoire des syndicats industriels aux États-Unis est honteuse dans ce sens.

Donc je continue à penser la même chose parce que les faits n’ont pas changé. Nous les Noirs sommes toujours pauvres, hors système, nous n’avons pas de travail réel, pas d’argent, pas de relation avec le système. Et en dessous de tout ça, on trouve les personnes qui ont été en prison.

Avec ses 2.120.000 prisonniers, les États-Unis sont le pays avec la population carcérale la plus importante au monde. Comment en est-on arrivé à cette situation ?

L’augmentation qui touche aussi bien le nombre de personnes emprisonnées que la durée de l’emprisonnement est un phénomène relativement nouveau et il vient suite à une loi approuvée par Bill Clinton en 1994 destinée à poursuivre les récidivistes.

Entre 1994 et 2004, le nombre de détenus a doublé aux États-Unis et presque la moitié d’entre eux est constituée de Noirs bien qu’ils ne représentent que 13% de la population totale. Mais ce n’est pas comme s’il y avait une politique visant directement à mettre les Noirs en prison. Ce n’est pas cela. C’est qu’il y a une sorte de mécanisme mis en place depuis 1865, date de création des départements de shérifs destinés à chasser les esclaves fugitifs. On constate ainsi que la question des Noirs est présente dès le début de l’histoire des États-Unis.

Thomas Jefferson, un des Pères Fondateurs et un des auteurs de la Déclaration d’Indépendance, a parfaitement défini cette mentalité dans un de ses livres intitulé “Notes on the state of Virginia”. Dans ce livre, il explique que la raison pour laquelle il n’a pas inclus les Noirs dans son projet d’émancipation basé sur le principe que “tous les hommes naissent égaux” est dû au fait, selon ses indications, que les Noirs sont moins bien dotés que les blancs aussi bien physiquement que mentalement, qu’ils ont une couleur désagréable et qu’ils sentent mauvais en plus d’être paresseux, etc. Selon Jefferson, les noirs n’arrivent même pas à la catégorie d’êtres humains d’où la légitimité de les réduire à l’esclavage. Ce fût l’idéologie dominante aux États-Unis depuis 1710.

Pouvez-vous nous expliquer comment fonctionne le complexe industriel pénitentiaire ?

Les prisonniers produisent beaucoup de choses. Mais ce n’est pas cela qui leur donne de la valeur. C’est l’argent qu’ils dépensent eux-mêmes et les états où ils sont emprisonnés. Ils ont accès à tout en prison : appels téléphoniques, appels vidéo, nourriture, vêtements… On peut acheter de tout mais cela coûte beaucoup plus cher que dans la rue. D’un autre côté, l’état de Californie par exemple dépense 70.000 dollars par prisonnier et par an.

Il y a également le travail non rémunéré réalisé par les détenus : fabrication de meubles, aménagement de jardins, nettoyage des autoroutes… Et tout cela, ils le font gratuitement ou presque. Le complexe industriel pénitentiaire est similaire au complexe industriel militaire mais avec des détenus. Beaucoup pensent que ce concept a quelque chose à voir avec les prisons privées mais ce n’est pas le cas. La majorité des prisons sont publiques, elles appartiennent à l’État et beaucoup de gens y travaillent. Rien qu’en Californie, il y a plus de cent mille fonctionnaires dans l’administration pénitentiaire qui disposent de syndicats luttant pour s’assurer que leurs membres ne restent pas sans boulot. Et quelle est la principale marchandise dont ils disposent ? Les prisonniers. Ils ne veulent pas que les prisons arrêtent d’être remplies. Tout le monde est en train de gagner de l’argent aux dépens des prisonniers qui étaient pauvres à leur entrée en prison et le seront à leur sortie.

Ont-ils fait des choses terribles? Absolument. Certains. Pas tous. Moi je n’utilise même pas les termes innocent ou coupable. Parce que la plupart des détenus ont été arrêtés pour des délits économiques comme braquer une boutique. Et pourquoi ils le font ? Eh bien parce qu’il y a de grandes disparités économiques dans notre pays. On constate que tout est tellement lié qu’on ne peut presque plus rien séparer. Et les Noirs sont la meilleure chair à canon à mettre en prison. Qui va s’exprimer pour eux? Personne. On n’a même pas assez d’argent pour financer une action judiciaire. Et à tout cela, il faudrait aussi rajouter le racisme.




Elaine Brown a dirigé le Black Panther Party de 1974 à 1977

En 2014, vous avez fondé “Oakland and the World Enterprises”, une initiative pour créer des entreprises gérées par d’anciens détenus. En quoi consiste ce projet ?



Un des aspects de notre oppression continue en tant que Noirs aux États-Unis est le fait que quand quelqu’un sort de prison, il ne trouve pas de boulot puisqu’il faut présenter un formulaire d’antécédents pénaux que les employeurs l’utilisent pour justifier leur refus de recruter des ex-détenus. Ces derniers restent vraiment sans aucune alternative. En Californie par exemple, on te donne 200 dollars à la sortie de prison pour recommencer ta vie. Et si tu n’as personne qui t’aide, qui t’offre un endroit où vivre, avec 200 dollars tu ne peux rien faire et tu vas devoir te prostituer, vendre de la drogue et faire quelque chose d’illégal qui te fera probablement retourner en prison.

Devant cette situation, avec la participation d’un responsable élu noir, nous avons décidé de faire quelque chose pour réduire la récidive et nous pensons que la seule manière d’y arriver est que ces personnes aient leur propre revenu. Ainsi nous avons acheté un terrain à Oakland, créé une association à but non lucratif appelée Oakland and the World Enterprises, et maintenant nous voulons mettre en marche des entreprises à but lucratif sous forme de propriété coopérative pour les ex-détenus et autres populations vulnérables et marginalisées. En d’autres termes, des Noirs pauvres.

Nous avons mis cette initiative en marche et nous disposons maintenant d’un potager urbain qui nous a permis de créer une banque d’aliments où les gens viennent faire la queue à partir de quatre heure du matin puisque nous nous trouvons dans une communauté extrêmement pauvre. Maintenant, nous voulons construire des maisons accessibles, mais selon nos propres critères, c’est à dire que l’accès y est défini en fonction des possibilités de chacun et non en fonction de la moyenne de la zone ou de critères similaires. Nous disposons également d’appartements réservés à ceux et celles qui n’ont aucune forme de revenu.

L’idée est que cette initiative s’étende à d’autres villes, à Détroit, Philadelphie…, afin que personne ne se voit refuser l’accès au logement ou à l’emploi pour le fait d’avoir été en prison. Le modèle que nous utilisons est celui d’une coopérative de travail associée mais comme cela sonne trop communiste pour certains et les rend nerveux, je leur dit qu’il s’agit d’entreprises dont la propriété est coopérative. C’est la même chose. Les travailleurs sont les propriétaires et les propriétaires sont les travailleurs mais les bénéfices sont collectifs. Nous n’avons rien contre les bénéfices en soi, c’est l’exploitation qui pose problème.



* Titre en espagnol : ” Una cata de poder. Historia de una mujer negra” (Edition del Oriente y del Mediterráneo, 2015). Titre original : A taste of power: a black woman’s story. Publication originale 1992.(NdT)

Traduit de l’espagnol par Inès Mahjoubi pour Investig’Action

Source: Laccent

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