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Les alternatives vénézuéliennes s’amenuisent au lendemain de la victoire présidentielle de Maduro et de l’offensive de Trump



Do Investig´Action, 19 Junho, 2018
Por ROGER D. HARRIS



« ¡Patria o muerte! » (la patrie ou la mort) est la devise traditionnelle des révolutionnaires latino-américains. C’est également le triste choix qu’impose le gouvernement étasunien au peuple vénézuélien, le consensus de Washington (Foreign Policy, par exemple) exhortant même : « L’heure d’un coup d’État au Venezuela est venue ».

Washington rejette la transition électorale

Le candidat battu à l’issue du deuxième tour des élections présidentielles vénézuéliennes du 20 mai dernier était Henri Falcón. Celui-ci a fait campagne pour le remplacement du bolivar vénézuélien par le dollar, pour qu’une stricte politique d’austérité soit imposée à la population par le Fonds Monétaire International et pour la vente aux enchères des actifs du pays à des prix dérisoires à des enchérisseurs étrangers.

Quel est donc le problème avec ce rêve néolibéral pour l’administration Trump ? Réponse : il ne va pas assez loin. Une solution finale largement plus radicale est en train d’être portée par le colosse du nord.

Au lieu de soutenir Falcón comme on aurait pu s’y attendre étant donné ses inclinations économiques, Washington a exigé qu’il ne se présente même pas à l’élection présidentielle, allant jusqu’à menacer de le sanctionner personnellement ainsi que sa famille. Le fait que Falcón se soit quand même présenté désavoue le mensonge étasunien qui consiste à dire que le Venezuela est une dictature.

Il s’est avéré que Maduro a été plébiscité, recueillant 68% des votes en comparaison avec la seconde place obtenue par Falcón avec 21%. Mais Falcón a dû à la fois faire face aux attaques de l’opposition de gauche ainsi qu’au boycott venant de l’extrême droite.

Un an plus tôt, une campagne aux accents droitiers auraient pu prendre si une stratégie électorale démocratique avait été adoptée. Mais des obstacles se dressaient devant un transfert de pouvoir aussi constitutionnel, auxquels il faut ajouter la popularité de la Révolution bolivarienne initiée par Hugo Chávez et poursuivie par Nicolás Maduro. Au lieu de ça, les États-Unis et leurs alliés vénézuéliens de droite ont finalement choisi d’employer des moyens extra-légaux pour réussir là où ils avaient échoué démocratiquement.

Même si le Venezuela montrait tous les signes d’une économie en décrépitude, l’opposition, après avoir obtenu la majorité à l’Assemblée Nationale en décembre 2015, a montré qu’elle avait peu de solutions et même peu d’intérêt à trouver des solutions autres que démanteler les programmes d’aides sociales populaires des chavistes, comme privatiser les deux millions de logements sociaux destinés aux pauvres (proposition finalement rejetée par les tribunaux).

Toujours indisciplinée, l’opposition était divisée entre une aile électorale modérée et une aile dominante, à tendance plus extrême. Elle n’a pas été capable de s’unir autour d’un seul candidat en 2018, malgré la pluie de dollars reçus de la part de ses sponsors étasuniens dans la « promotion de la démocratie » (tout l’inverse, en réalité). Et après avoir déclenché de violentes guarimbas (manifestations de protestation) coûtant la vie à plus d’une centaine de personnes et provoquant des dégâts sur les biens publics se chiffrant à plusieurs milliards entre 2013 et 2017, l’opposition n’a pas vraiment gagné les cœurs des électeurs indécis en appelant à davantage de sanctions contre ses compatriotes vénézuéliens.

Pourtant, tous ces obstacles pour l’opposition auraient pu être évités si leurs responsables étasuniens en avaient décidé ainsi. Mais la ligne d’action adoptée depuis les États-Unis n’a rien d’un atterrissage en douceur pour le chavisme.

Sanctions US illégales

Dès 2015 sous Obama, les États-Unis ont lancé des sanctions contre le Venezuela dans ce qui s’apparente à une guerre économique. Ces sanctions sont illégales au regard du droit internationales car elles imposent une punition collective sur le peuple vénézuélien pour les actions de son gouvernement. De la même manière, ces sanctions sont illégales selon la charte de L’Organisation des États américains. Et elles sont également illégales selon la loi étasunienne, car elles sont basées sur le mensonge évident qui consiste à dire que le Venezuela est une « menace extraordinaire à la sécurité intérieure étasunienne », alors que c’est manifestement l’inverse. Le Venezuela ne conduit pas d’exercices militaires bilatéraux à la frontière sud des États-Unis dans une simulation d’invasion, alors que c’est précisément ce qu’ont fait les États-Unis à la frontière vénézuélienne.

De plus, les sanctions étasuniennes ne sont pas destinées à changer une politique donnée afin d’amener le gouvernement Maduro à prendre une direction plus favorable telles que le sont, disons, les sanctions contre l’Iran ou la Corée du Nord. Elles sont destinées purement et simplement à affaiblir le peuple et à forcer un gouvernement démocratiquement élu à se soumettre et à mourir. Il n’y a rien d’autre à faire pour Maduro que de résister.

Avant les élections vénézuéliennes, la Maison Blanche avait fait grand bruit en imposant un embargo sur le pétrole si le peuple osait ignorer l’injonction impériale de boycotter celles-ci. Dans une pétro-économie telle que celle dont a hérité Maduro après Chávez, qui lui même l’a hérité de l’ancien régime, bloquer les revenus liés au pétrole revient à percer l’aorte de celle-ci. Les pétrodollars représentent 96% des exportations vénézuéliennes et plus de 40% des recettes gouvernementales.

Presque la moitié de l’électorat vénézuélien s’est rendue aux urnes le 30 mai dernier, défiant l’empereur dans son Bureau ovale et le boycott droitier. Trump, fidèle à ses paroles, a imposé des sanctions financières encore plus lourdes au lendemain des élections. Mais il s’est abstenu de toute attaque directe sur les recettes vénézuéliennes liées au pétrole, probablement en raison d’inquiétudes par rapport aux élections de mi-mandat au Congrès des États-Unis. La base républicaine n’y connaît sans pas grand chose au Venezuela, et s’en préoccupe encore moins ; idem pour les fidèles du parti démocrate qui s’informent eux aussi à travers les médias institutionnels. Mais une hausse des prix à la pompe due à un embargo étasunien sur le pétrole vénézuélien attirerait l’attention de l’électorat étasunien.

À côté de cela, les sanctions étasuniennes déjà en place ont des effets cumulatifs qui ne feront qu’augmenter la souffrance au Venezuela même si l’empire se contente de maintenir son cap. Les réserves de capital du Venezuela sont en train d’être épuisées. La production de pétrole au Venezuela a déjà chuté, alors que l’accès aux pièces détachées sur le marché international leur est coupé, handicapant leur capacité de production.

Les États-Unis tentent de précipiter une « crise humanitaire » qui deviendrait un prétexte pour une intervention, tout en déplorant de manière hypocrite les conséquences de leur propre politique. Si le Venezuela était réellement un État en faillite comme le prétendent les États-Unis, il ne serait pas nécessaire de lui imposer des sanctions pour le faire défaillir.

La carte colombienne

Un autre facteur de mauvais augure pour le Venezuela est son voisin hostile de l’ouest et principal partenaire latino américain de Washington, la Colombie. Ce pays se distingue comme étant la plus grande source de drogues illicites vers les États-Unis, mais c’est pourtant le principal bénéficiaire des aides étasuniennes dans l’hémisphère. Ce qui veut dire que le pays le plus nuisible matériellement aux États-Unis est celui qui est le plus favorisé, malgré (ou grâce, en réalité) à son taux de violation des droits de l’homme le plus élevé des Amériques.

Partageant plus de 2 200 kilomètres de frontière avec le Venezuela, la Colombie vient de rejoindre l’OTAN en tant que premier « partenaire mondial » latino-américain. Et c’était sous le gouvernement de droite modérée de Santos. La Colombie tiendra des élections présidentielles le 17 juin et opposeront le candidat d’extrême droite Iván Duque au candidat du centre-gauche Gustavo Petro, le premier étant donné favori à la victoire.

Le modèle de l’autre 11 septembre

Un coup d’État au Chili soutenu par les États-Unis renversait le gouvernement démocratiquement élu de Salvador Allende le 11 septembre 1973. Préalablement à ce coup, qui sera fatal à Allende, un travail de déstabilisation économique orchestré par les États-Unis était en cours, un préquel à ce que le Venezuela est en train de subir. À la suite de ce coup d’État au Chili, des milliers de personnes de gauche ou suspectées d’en être ont été rassemblées et exécutées sommairement afin de couper les racines de l’insurrection.


Le coup d’État chilien et ses répercussions sont une maquette pour les États-Unis et la servile opposition nationale vénézuélienne dans leur objectif d’exterminer la Révolution bolivarienne. C’est-à-dire, une prise de contrôle violente, l’élimination de leurs ennemis, et l’imposition éclair d’une thérapie de choc néolibérale.

Seulement au Venezuela, ce nettoyage politique réactionnaire pourrait s’avérer pire qu’au Chili. Allende n’était au pouvoir que depuis trois ans ; la Révolution bolivarienne approche de sa deuxième décennie au pouvoir. Le gouvernement social démocrate d’Allende avait effectué des changements importants, mais ils ne tiennent pas la comparaison avec la profondeur et l’ampleur des accomplissements des administrations Chávez et Maduro.

Le Venezuela résiste

Maduro a été réélu sur la promesse qu’il redresserait une économie se trouvant dans une spirale négative, avec une production à la baisse, une inflation galopante, une corruption chronique, des pénuries généralisées des produits de consommation et des médicaments, et un système de change inopérant. Cela pourrait être la dernière et la meilleure chance pour la Révolution bolivarienne au Venezuela de relever ce défi imposant au nez et à la barbe de l’hostilité étasunienne et nationale.

Maduro, surfant sur la vague de réélections chavistes (présidentielle, municipale, des gouverneurs et de l’Assemblée Constituante) a pris l’initiative de chercher une solution pacifique en convoquant un dialogue national.

Au cours de la semaine dernière, Maduro a rencontré le nonce apostolique Aldo Giordano, la Corporation andine de développement, l’Association national des banques, des organes de presse privés et publics, et même le républicain Bob Corker, président de la Commission des affaires étrangères du Sénat des États-Unis. Quelque 80 militant de l’opposition, emprisonnés pour des actions violentes, ont été libérés. Maduro a également rencontré le candidat ayant fini troisième aux élections présidentielles, Javier Bertucci, le chef du grand parti d’opposition COPEI, Pedro Pablo Fernández, et les gouverneurs de l’opposition. Des réunions avec les secteurs populaires dont des intellectuels de gauche et des communards sont en bonne voie également.

Les sondages montrent que la grande majorité des Vénézuéliens s’oppose aux sanctions et à une intervention militaire extérieure. Les plus de 6 millions de pauvres et de travailleurs, qui ont le plus souffert des sanctions, sont ceux qui ont réélu Maduro et demeurent activement identifiés à la Révolution bolivarienne, qui les a valorisés.

Les chavistes pauvres et déjà dépossédés n’ont littéralement plus rien à perdre et tout à résister à une prise de pouvoir sur leur pays d’une droite extra-parlementaire.

Si l’entreprise de Trump contre le Venezuela venait à porter ses fruits, l’effusion de sang pourrait être terrible. Le slogan électoral de Maduro (Juntos todo es posible, ensemble tout est possible) doit être suivi par la communauté internationale pacifique en rejetant les ingérences extérieures au Venezuela.



Roger D. Harris est l’ancien président de l’organisation anti-impérialiste de défense des droits de l’homme, Task Force on the Americas, créée il y a 32 ans. Il faisait partie des observateur lors des deux élections de Maduro, et plus récemment de la délégation de Venezuela Analysis et de Intrepid News Fund.



Traduit de l’espagnol par Rémi Gromelle pour le Journal Notre Amérique

Source : Journal de Notre Amérique, juin 2018

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