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Comment les Etats-Unis minent les efforts de non-prolifération

Do Invetig'Action, 20 de setembro, 2017
ULSON GUNNAR

Pour sa première apparition à la tribune des Nations Unies, le président Donald Trump a fait fort ; il a menacé de « détruire totalement » la Corée du Nord. Trump invoque la menace nucléaire que fait peser Pyongyang sur le reste de la planète. Pourtant, un coup d’œil dans le rétroviseur démontre que le plus dangereux est sans doute celui qui veut se poser comme arbitre international de la non-prolifération. En effet, depuis qu’ils se sont unilatéralement retirés du traité ABM en 2001, les Etats-Unis multiplient les provocations et menacent le fragile équilibre qui préserve le monde d’une guerre totale et nucléaire. (IGA)

En ce qui concerne les armes nucléaires sur la scène internationale, le consensus n’est certainement pas : « plus on est de fous, plus on rit ». Depuis que les premières armes nucléaires ont été développées à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les tentatives se sont multipliées pour limiter le nombre et la variété des armes nucléaires. Et des mesures ont été prises pour éviter l’utilisation des armes déjà existantes.

Aujourd’hui cependant, les progrès durement obtenus sont mis en péril par l’un des pays disposant de l’arme nucléaire.

L’Amérique a renoncé après la guerre froide
Parmi les nombreux traités signés durant les dernières années de la guerre froide, on retrouvait le traîté ABM (Anti-Balistic Missile). Le traité prévoyait de limiter à deux par pays les systèmes de missiles antibalistiques. L’objectif était d’entraver le développement de la technologie antimissile et de laisser les nations dotées de l’arme nucléaire ouvertes à des attaques de représailles si d’aventure, elles lançaient une première frappe nucléaire.

Le traité a en outre contribué à renforcer la notion de « destruction mutuellement assurée » (MAD). Après la dissolution de l’Union soviétique, les États membres ont maintenu ce traité avec les États-Unis. Jusqu’en 2001, lorsque les États-Unis s’en sont unilatéralement retirés.

Dans une déclaration officielle concernant ce retrait, la Maison-Blanche indiquait :

… les États-Unis et la Russie sont confrontés à de nouvelles menaces pour leur sécurité. La principale de ces menaces est constituée par les armes de destruction massive et leurs moyens de livraison par des terroristes et des États voyous. Un certain nombre de ces États acquièrent des missiles balistiques à la portée de plus en plus large comme instruments de chantage et de coercition contre les États-Unis et leurs alliés. Les États-Unis doivent défendre leur patrie, leurs forces et leurs alliés contre ces menaces. Nous devons développer et déployer les moyens de dissuasion et de protection contre ces menaces, notamment par une défense antimissile limitée sur notre territoire.

Toutefois, les États-Unis ne passeront pas la quinzaine d’années suivantes à développer des systèmes antimissiles visant à empêcher des armes de destruction massives inexistantes lancées à partir d’« États voyous ». Ils ont plutôt passé ce temps à encercler la Russie avec des systèmes antimissiles, y compris ceux placés en Europe de l’Est.

Ainsi, les Etats-Unis ont commencé à accomplir ce qui était tellement redouté par tous durant la guerre froide : un pays doté de l’arme nucléaire tentait de monopoliser la technologie antimissile pour lui permettre de développer sa capacité nucléaire de première frappe, sans crainte de représailles.

Ceux qui s’opposaient au retrait des Etats-Unis du traité ABM ont également noté que cette décision sapait les efforts présumés de non-prolifération nucléaire affichés par Washington.


La Russie réagit

Des articles comme celui du New York Times de février 2017; « La Russie déploie un missile, violant le traité et provoquant Trump », tentent de dépeindre la Russie comme un danger. Moscou menacerait les États-Unis et leurs alliés d’Europe occidentale avec des armes nucléaires nouvelles et potentiellement « illégales ».


Le New York Times indique :

Le missile de croisière à lanceur terrestre est au cœur des préoccupations américaines. C’est ce missile dont le gouvernement Obama avait en 2014 qualifié le test d’illégal au regard d’un traité de 1987 qui interdit aux Américains et aux Russes les missiles de portée intermédiaire au sol.

L’administration Obama avait cherché à persuader les Russes de revenir sur cette violation alors que le missile était encore en phase de test. Au lieu de cela, les Russes ont progressé dans le dossier en déployant une unité entièrement opérationnelle.

L’article se réfère à un autre effort historique effectué pendant la guerre froide pour réduire la probabilité d’une guerre nucléaire, le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire. Il avait été signé en 1987 par les États-Unis et l’Union soviétique.

Pourtant, malgré le récit qui est fait de ces événements, le New York Times délivre lui-même les raisons qui ont poussé la Russie à déployer en premier ce système de missile. Le quotidien rapporte en effet (nous soulignons) :

Le programme de missiles a été une préoccupation majeure pour le Pentagone, qui a développé des options pour y répondre, notamment le déploiement de missiles de défense supplémentaires en Europe ou le développement de missiles de croisière aériens ou maritimes.

De toute évidence, la Russie répond aux défenses antimissiles existantes que les États-Unis ont placées en Europe ou qu’ils envisagent de placer à travers l’Europe dans un proche avenir.

Ceux qui s’opposaient en 2001 au retrait étasunien du traité ABM l’avaient prédit : les Etats-Unis ont de cette manière sapé les efforts de non-prolifération. Ils n’ont pas seulement invité les autres pays à s’écarter des efforts de non-prolifération pour restreindre le nombre et la variété d’armes nucléaires ; les Etats-Unis n’ont en fait pas laissé d’autres choix avec leurs efforts pour obtenir une capacité nucléaire de première frappe.

L’expansion de l’OTAN est une mèche allumée


L’OTAN s’élargit et les États-Unis s’installent sur les frontières de la Russie. Si bien que le retrait du traité ABM et la belligérance US envers la Russie constituent une mèche allumée qui devient de plus en plus courte.

En provoquant la Russie à développer et à déployer des missiles nucléaires à portée moyenne capables de contrer la possibilité d’une première attaque nucléaire US, l’horloge nous a considérablement rapprochés d’une guerre totale et nucléaire.

Les Etats-Unis ont provoqué cette chaîne d’événements. Mais au lieu de faire un bilan et de revenir à une position plus raisonnable, ils utilisent la réaction prévisible de Moscou pour se précipiter encore plus loin. En faisant peser une plus grande menace nucléaire sur la Russie, les Etats-Unis, avec leur comportement irresponsable sur la scène mondiale, encouragent d’autres nations à poursuivre, développer et déployer les armes nucléaires comme moyens de défense et de dissuasion.

Alors que les Etats-Unis se posent comme arbitre international de la non-prolifération nucléaire, ils apparaissent plutôt comme le principal agent provocateur d’une nouvelle course à l’arme nucléaire.

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