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France. Dans la CGT-Force ouvrière (FO), trois positions en présence face aux ordonnances de Macron

Emmanuel Macron et Jean-Claude Mailly,
 en marche
Do Alencontre, 14 julho, 2017
Por Arguments pour la lutte sociale


La dite guerre éclair de Macron pour une contre-réforme qui aboutisse à une loi El Khomri XXL repose sur un certain type de gestion institutionnelle autoritaire ainsi que sur l’appui accordé à cette politique par la direction de la CDFT de Laurent Berger et par celle de Force ouvrière. Le dirigeant de FO, Jean-Claude Mailly – tout aussi chef que Macron –, s’accorde avec le gouvernement d’Edouard Philippe et la présidence Macron. Ces derniers gèrent conjointement la «négociation» clé de l’ouverture du quinquennat.

Elle est menée officiellement par la DRH Muriel Pénicaud, l’actuelle ministre du Travail. Mme Pénicaud a déjà répondu favorablement ­– comme patronne de Business France – aux demandes de Macron, lorsqu’il était ministre de l’Economie et du numérique (de août 2014 à août 2016), pour l’organisation et le financement (380’000 euros) de la «French Tech Night» de Las Vegas, du 6 janvier 2016. Une aide qui risque de lui retomber sur les pieds dans les semaines qui viennent. Elle risque d’avoir un «contrat de projet» au gouvernement.

Le soutien des deux appareils syndicaux – CFDT et FO – est important. Toutefois, l’opposition à cette contre-réforme irrigue, de manière différenciée certes, un ensemble syndical allant de l’UNSA à la CGT en passant par l’Union syndicale Solidaires.

L’issue de ce possible affrontement social dépendra de la mobilisation sociale, dès maintenant, sous des formes diverses et avec la constitution d’un bloc social qui pourrait bien inclure un secteur étudiants et enseignants (suite au coupes budgétaires) et divers mouvements sociaux. Sous une telle «pression» les différenciations au sein de FO ne sont pas négligeables. C’est ce qu’analyse cet contribution qui permet de ne pas rester scotché à l’information de «la grande presse» et la Macron-com très contrôlée. (Rédaction A l’Encontre)

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Les ordonnances Macron [sur la contre-réforme du Code du travail] se préparent et chacun sait très bien quel va être leur contenu. L’intérêt de la classe ouvrière, c’est que les directions confédérales rompent le soi-disant dialogue social au sommet et mettent leur force dans la bataille pour la grève générale le 12 septembre, de façon à aller vers la réalisation du Tous ensemble pour affronter Macron et son gouvernement, qui veulent adopter les ordonnances le 20 septembre.

Loin des projecteurs médiatiques, une bataille importante se joue dans la confédération FO (Force ouvrière).

• Son dirigeant Jean-Claude Mailly prétend qu’une vraie négociation se déroule avec le gouvernement. Il fait croire que la hiérarchie des normes dans le droit du travail n’est pas en péril. Il ne parle plus de la loi El Khomri [ministre du Travail du gouvernement Valls] si ce n’est pour dire que Emmanuel Macron et Edouard Philippe s’y prennent bien mieux que Hollande et Valls parce qu’avec eux, on est entendu! Il affirme que les soi-disant «CDI de projet» [voir l’article publié le 9juillet 2017 à ce sujet dans le dossier consacré à Macron et à aux propositions de contre-réformes du Code du travail] du ne sont pas un réel danger et il accepte par avance les mesures annoncées à l’encontre des prud’hommes et des CHSCT. Il désavoue — dans l’Humanité Dimanche (2 juin 2017) — les UD (Union départementales) qui, comme à Paris, ont manifesté fin juin aux côtés de la CGT, de la FSU et de Solidaires en parlant d’initiatives «isolées» (alors que ces UD sont les plus nombreuses). Tout cela fait beaucoup, excusez du peu, même s’il tente de nous rassurer en prétendant qu’au final, il se déterminera «en toute indépendance» selon ce que sera, ou pas, le contenu des ordonnances!

Cette tentative d’accrocher la confédération FO au char gouvernemental produit une opposition montante, sans nul doute majoritaire, parmi les syndicats et les militants.

• C’est la seconde position en présence et elle est très simple, c’est la position de classe: il faut afficher l’exigence de retrait des ordonnances Macron tout en maintenant celle d’abrogation de la loi El Khomri, il faut cesser de raconter des fadaises sur le dialogue social au sommet ­— et ce qui doit se discuter, c’est qu’il faudrait mettre fin à ce qui est le contraire d’une négociation — et il faut préparer la grève unitaire et totale pour le 12 septembre. Et il faut la démocratie et le débat: un CCN (Comité Confédéral National) est nécessaire tout de suite.

En effet, savez-vous à quelle date est pour l’instant fixé le prochain CCN ? Fin septembre !

• Cette position est en train d’avancer: la Fédération des Transports et de la Logistique ainsi que l’UD (Union Départementale) du Finistère avec sa nouvelle secrétaire départementale Nadine Hourmant, issue de la lutte des usine Doux (volailles) appellent au 12 septembre.

Ce mercredi 12 juillet, le Canard Enchainé, sous le titre «Fronde syndicale contre le patron Mailly», a prétendu que toutes les UD de Bretagne, ainsi que celles de la Manche, de Loire-Atlantique, du Rhône et de l’outre-mer, ainsi que la Fédération de l’Équipement, «entretiennent la jacquerie».

• De fait, cet article du Canard entretient un confusion. Il met dans le même sac des UD et des organisations qui s’orientent vers la ligne «du Finistère», d’autres qui tout simplement veulent maintenir l’unité constituée contre la loi El Khomri avec la CGT, la FSU et Solidaires (comme l’union régionale Ile-de-France, les UD de Seine-Maritime ou de l’Allier), et d’autres qui entendent bien protéger J.C. Mailly.

De plus, en employant le terme de «jacquerie»,et de «jacquerie» contre «Mailly», il contribue aux manœuvres internes visant à décrédibiliser les opposants, d’autant plus que ceux-ci, répétons-le, sont potentiellement majoritaires. Ce terme contient aussi une référence aux «bonnets rouges» de 2013 — une étape très importante de la lutte des classes de ces dernières années sur laquelle il faudrait revenir.

Le Canard a ajouté aux UD de Bretagne plusieurs UD ayant adopté des textes de ce genre, des piqûres de rappel qui ne mangent pas de pain, ainsi que des UD où ces questions sont clairement en discussion.

• L’argumentaire des protecteurs de l’appareil confédéral est le suivant: il ne faut pas s’en prendre aux personnes et donc il est interdit de nommer le secrétaire confédéral (c’est pourtant lui, Mailly, qui va voir le gouvernement, s’en félicite, et raconte des bobards de plus en plus énormes), il ne faut pas demander de CCN extraordinaire (autrement dit attendre que les ordonnances soient passées en conseil des ministres le 20 septembre!) et il faut juste rappeler «les fondamentaux»: se référer aux résolutions des derniers CCN et bien dire qu’on veut abroger la loi El Khomri, ce qui est censé suffire à titre de «piqûre de rappel».



Muriel Pénicaud et Edouard Philippe

Le Canard a donc permis aux défenseurs de J.C. Mailly de sortir du bois: l’UD de Loire-Atlantique, qui historiquement a représenté l’opposition dite «anarcho-syndicaliste» aux origines de FO, avant de devenir (depuis des décennies) la composante «combative» des majorités confédérales, dont le secrétaire actuel, Michel Le Roch, a pris en 2015 la suite de Patrick Hébert, dirigeant officieux du POI (Parti Ouvrier Indépendant, tendance «lambertiste»). Leur discours actuel constitue la troisième position en présence, dans la confédération après celle du dirigeant tourné vers l’intégration du syndicalisme à l’Etat et celle, spontanément majoritaire, des organisations et des militants, et qu’exprime ouvertement les appels du Finistère et des Transports: l’aile «gauche» de l’appareil indispensable comme couverture de celui-ci.

De quelle façon? En disant tout ce que vous voulez, sauf trois choses:

des critiques directes à Mailly, tabou;
le mot «retrait» concernant les ordonnances de Macron,tabou ;
et la demande d’un CCN extraordinaire, tabou (au contraire il

est de bon ton de se référer aux CCN précédents, qui sont tous antérieurs aux joyeuses escapades de Jean-Claude Mailly).

En couvrant ainsi Mailly, c’est Macron que ces camarades couvrent !

• Que, par ailleurs, le journal du POI, Informations Ouvrières, semble préparer une entrée-dissolution du POI dans la France insoumise de J.L. Mélenchon est parfaitement cohérent avec cette orientation: s’en remettre à un « front populaire »(sic) politique pour combattre Macron est en effet cohérent avec le fait de ne pas défendre l’indépendance des organisations syndicales envers le gouvernement (tout en n’ayant que le mot «indépendance» à la bouche, ce qui s’appelle de la langue de bois).

• Précisons que c’est une orientation politique, et syndicale, qui est critiquée ici, mais que le POI a parfaitement le droit de développer une orientation et qu’il ne s’agit pas de dénoncer des militants politiques, dont l’orientation, au demeurant, semble de plus en plus dictée par J.C. Mailly … et par J.L. Mélenchon.

D’autres militants politiques, comme ceux du POID [un des deux «tendances» issu de la scission du POI «lambertiste»] et de l’Union Anarcho-syndicaliste, et des milliers de militants uniquement syndicalistes, se positionnent différemment et en ont tout aussi le droit.

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[1] On ne comptera pas comme «quatrième position» celle des derniers syndicats jaunes affiliés à FO. En l’occurrence, on pense ici à l’ancien syndicat maison de l’usine Peugeot de Dompierre-Sept-Fons, qui, confronté aux deux jours de blocage de la production par les salariés de GM&S la La Souterraine [fournisseur de pièces pour l’industrie automobile], une action parfaitement justifiée contre le donneur d’ordre qui passait les commandes à leur usine, s’est solidarisé avec le patron en invoquant la «liberté du travail». Les ouvriers creusois ont eu la mauvaise surprise de trouver l’un de leur bus, pneus crevés… Mais nous ne sommes pas là dans le syndicalisme ouvrier.

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Nous reproduisons ci-dessous 2 documents :
L’appel de la Fédération Transports et Logistique au 12 septembre,
La déclaration de l’UD du Finistère,
Document 1

La Commission Exécutive de la Fédération Nationale des Transports et de la Logistique FO/UNCP réunie le 29 juin 2017 prend acte de l’élection de Monsieur Emmanuel MACRON, à la Présidence de la République, avec 18.5% des électeurs inscrits au 1er tour, elle prend également acte du résultat des élections législatives avec plus de 50% d’abstention au 1er tour et 57% au 2ème tour.

La CEF (Commission exécutive) fait le constat que l’adhésion au programme du Président MACRON est largement minoritaire soit moins de 2 Français sur 10 dans ce pays.

Donc pour la CEF il est hors de question de détériorer notre Code du Travail, nos Institutions Représentatives du Personnel, la Sécurité Sociale, l’Assurance Chômage, les Retraites, les Régimes spéciaux, les Statuts de la RATP ainsi que ceux de la Fonction Publique.

La CEF s’oppose à la suppression des cotisations chômage ainsi que celles de la sécurité sociale qui conduirait inévitablement à la fin du paritarisme et la privatisation de la sécurité sociale. Tout transfert de cotisations vers la CSG n’est donc pas acceptable pour la CEF.

Pour la CEF, seule la résolution du Comité Confédéral National en date du 7 avril 2017 compte et elle s’applique à toutes et tous : ABROGATION DE LA LOI TRAVAIL.

La CEF rappelle son attachement indéfectible à la Charte d’Amiens, LIBRES ET INDEPENDANTS NOUS SOMMES, LIBRES ET INDEPENDANTS NOUS RESTERONS QUEL QU’EN SOIT LE PRIX.

OUI à une négociation constructive et loyale, NON à une mascarade !

La Commission Exécutive Fédérale appelle à la mobilisation le 12 septembre 2017.

NON AUX ORDONNANCES, NON AU 49.3 SOCIAL.

OUI AU MAINTIEN DES DROITS COLLECTIFS.

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Document 2

APPEL DU 12 SEPTEMBRE 2017

La politique de Macron et de son gouvernement ne vise qu’à détruire les droits collectifs et à imposer la politique du patronat et de la finance : code du travail cet été, assurance chômage à l’automne, retraites en janvier 2018 !

L’UD FO du Finistère n’est pas dupe et dénonce le simulacre de « dialogue social » de Macron qui veut faire passer à coup d’ordonnances une loi de destruction massive des droits des salariés.


Valls, El Khomri, Macron

La loi Travail I El Khomri – Macron inverse la hiérarchie des normes : négociation entreprise par entreprise, à des conditions inférieures à celles des conventions collectives et du code du travail. Ainsi chaque patron impose aux salariés ce qui l’arrange en termes de salaire, majoration des heures supplémentaires, durée légale du travail, contrats… La loi prévoit le recours au référendum patronal, c’est du chantage à l’emploi !

Plus encore, avec la diminution du suivi médical des salariés, c’est marche ou crève !

Dans la continuité de ce processus de destruction massive, Macron a prévu encore d’aggraver la loi Travail I, en plafonnant les indemnités prud’homales, en mettant fin au CDI par le recours aux contrats de chantier, en facilitant les licenciements, en fusionnant les instances représentatives dans les entreprises (CE, DP, CHSCT, Délégués syndicaux).

Et d’autres conquêtes sont dans le viseur du gouvernement :
Porter un coup mortel à la sécurité sociale, ancienne conquête ouvrière qui prenait en charge le malade du début de la maladie à sa guérison.
Supprimer les retraites par répartition et les régimes particuliers en les fusionnant pour mettre en place un régime universel de retraite par points. Cela entraînerait, selon le Conseil d’orientation des retraites, une baisse drastique du montant des retraites de 30 %, faisant la part belle à la capitalisation et à la finance (banques et assurances).
Casser le statut de la fonction publique, poursuivre les suppressions d’emplois des fonctionnaires et ainsi supprimer les uns après les autres tous les services publics de proximité rendus à la population.

Il y a urgence à arrêter cette casse du code du Travail et de toutes les conquêtes ouvrières !

Nous ne lâcherons rien !

Pas plus aujourd’hui qu’hier !

Et encore moins demain !

La mobilisation de l’UD FO du Finistère reste de mise sur la période estivale !

Abrogation des lois El Khomri, Rebsamen, Macron.

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