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L’économie française rendue poussive par l’austérité

Des milliers de personnes contre l’austérité et pour le partage des richesses, le 12 avril 2014 à Paris, à l’appel du Front de gauche. Photo : Patrick Nussbaum


Por GÉRARD LE PUILL
Do HUMANITE.FR, 8 ABRIL, 2017


Quatre informations parues le 7 avril 2017 méritent une lecture comparative afin de tenter d’identifier les problèmes que rencontre l’économie française en cette année 2017 où les électeurs sont appelés à élire le président de la République, puis les députés. Les candidats aussi feraient bien de regarder de quoi il retourne en la matière.

La première de ces informations a trait au déficit du commerce extérieur de la France. Il a été de 6,6 milliards d’euros en février, le mois le plus court de l’année. Il est certes inférieur à celui de janvier, lequel culminait à 8,1 milliards d’euros, un chiffre jamais atteint auparavant. Toutefois, le moindre déficit de février est imputable à « une hausse des ventes dans l’aéronautique », soulignent les douanes, ce qui ne peut se reproduire tous les mois. Sur les douze derniers mois, le déficit cumulé atteint 55 milliards d’euros, soit une augmentation de 6,6 milliards sur un an.

Pour avoir une balance commerciale en équilibre, il faut exporter des quantités de marchandises d’une valeur équivalente à celles que l’on importe. Mais il faut pour cela en produire assez et produire ce qui s’exporte. La deuxième information du 7 avril nous dit qu’en février la production de l’industrie manufacturière baisse de -0,6% en France pour le troisième mois consécutif après une baisse de- 0,9% en janvier. Sur les trois derniers mois, la baisse est de -1% dans les industries agroalimentaires, lesquelles accusent une chute de -1,9% sur un an. A force de sous-payer le travail des paysans on les rend aussi trop pauvres pour qu’ils puissent investir afin de produire ce qui se vend.

Le coût du travail peut varier de 1 à 10 dans les pays de l’Union européenne

Pour ce qui est de l’industrie, la décision du patron américain de l’usine Whirlpool d’Amiens de délocaliser l’an prochain sa production de sèche-linge en Pologne, où les salaires trois fois plus bas qu’en Picardie, nous ramène à la troisième information parue le 7 avril. Selon les chiffres fournis par Eurostat, le coût du travail peut varier de 1 à 10 dans les pays de l’Union européenne. Les moyennes nous donnent un coût moyen de l’heure de travail de 29,8€ charges comprises dans les pays de la zone euro et de 25,4 € si on fait la moyenne dans l’ensemble des pays de l’Union à 28. Mais les moyennes sont toujours trompeuses. On monte à 42€ au Danemark, à 39,20€ en Belgique, à 35,60€ en France, à 33€ en Allemagne et à 32€ Suède. Mais on tombe 4,40€ en Bulgarie et à 5,50€ en Roumanie où des Ukrainiens et des Serbes viennent aussi travailler clandestinement pour moins que ça.

François Fillon ou Emmanuel Macron aggraveraient la situation

Alors, quand des candidats à la présidentielle, tels que Fillon et Macron, disent vouloir réduire le coût du travail en précarisant le droit du travail et en offrant de nouveaux cadeaux au patronat, il est impossible de croire que leurs recettes relanceront l’emploi tant qu’ils occulteront l’indispensable harmonisation fiscale et sociale européenne par la haut. Car avec cette politique dite de « réduction du coût du travail » les salariés français deviennent trop pauvres pour acheter ce qu’ils produisent après avoir fait face aux dépenses incompressibles dans leur ménage. Surtout qu’ils n’ont pas accès aux « emplois » très rémunérateurs de la famille Fillon, ni aux gratifications à plus de deux millions d’euros encaissées par le banquier Macron pour avoir négocié une simple transaction entre deux firmes en 2012.

Les emplois commerciaux augmentent dans les lieux fréquentés par les gens qui ont encore un bon pouvoir d’achat

Et voilà qui nous ramène à notre quatrième information publié le 7 avril. Il s’agit d’une étude de l’INSEE portant sur 2013, seconde année d’austérité du président Hollande conseillé par Macron sur les dossiers économiques. L’étude nous dit que « dans le commerce alimentaire, le nombre de salariés a augmenté principalement dans les boulangeries-pâtisseries et dans les supermarchés. Sa croissance a également été très rapide (+22%) dans le secteur incluant les magasins bio et les épiceries fines (...) Hors alimentaire, l’emploi salarié a progressé aussi dans l’équipement de la personne, notamment dans la maroquinerie et la parfumerie ». Dit autrement, les emplois commerciaux ont augmenté cette anné-là dans les lieux fréquentés par les gens qui avaient encore un bon pouvoir d’achat. Car « dans le reste du commerce de détail, l’emploi salarié s’est contracté. Les deux tiers de la baisse sont imputables à l’équipement du foyer, notamment aux commerces de meubles…. ». Même si les commandes par internet sont passées par là, le recul du pouvoir chez une majorité de Français réduit la demande sur le marché intérieur tandis que les importations en provenance des pays à bas coûts de main d’œuvre entraînent l’appareil de production français dans une spirale du déclin. Même si des emplois de services extrêmement précaires, créés ou pas par des auto-entrepreneurs, ont continué de se développer depuis dans le service à la personne pour des gens qui ont les moyens de se payer de tels services, tous les métiers de service généralement improductifs ne feront jamais de la France une nation productive.

Alors stop ou encore avec Fillon et Macron ?

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